Photo: Frédérick Duchesne
23 juin 2020Auteure : Sophie Faucher

Baby blues

Ma fille, mon enfant,
je vois venir le temps
où tu vas me quitter...



Eh oui, si je commence par les mots de la chanson Ma fille, popularisée par Serge Reggiani, c’est que dans deux semaines, soit dans 14 dodos, notre Clémentine va quitter la maison familiale pour s’installer en appartement avec son amoureux. Jusqu’ici, tout va bien.

Nous avons de quoi nous réjouir pour elle. D’abord, elle a trouvé un logement, pas simple en temps de pandémie. Un logement qui lui plait même si elle ne l’a vu que sur photo. Et enfin, elle s’installe avec l’élu de son cœur. Jusqu’ici, ça va toujours bien.

Depuis déjà quelques jours, elle a commencé à faire ses boîtes et à nous dépouiller subtilement de certains de nos objets. Articles de cuisine, une étagère par-ci, une commode par-là... À croire que c’est moi qui déménage! L’accumulation de boîtes ici et là nous empêche d’oublier qu’on s’approche de la date du grand dérangement.

On a beau me dire, «c’est merveilleux, c’est magnifique, c’est plus que normal à 35 ans»... Non, non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas une Tanguy, elle en a 24... Et même si on le voyait venir, ce départ, qu’on l’espérait pour elle, c’est tout de même une sacrée étape! Et oui, encore une fois il nous faut prendre conscience que le temps file! Ce passage, on l’appelle «le syndrome du nid vide.»

Bien sûr, on en a vécu d’autres, des moments bouleversants: la naissance, l’entrée à l’école... au primaire, au secondaire, au cégep, à l’université. La première histoire d’amour, la première peine d’amour, mais celle de l’enfant qui part de la maison, laissez-moi vous dire, C’EST QUELQUE CHOSE! Et on n’y est pas forcément préparé. Surtout quand il s’agit d’une enfant unique, comme c’est son cas.

J’imagine que le quotidien, enfin TOUT, va être chamboulé. Il n’y a pas de doute qu’une jeune femme dans la vingtaine, ça met de l’atmosphère dans la maison, BEAUCOUP d’atmosphère. Avec les amies qui débarquent, les projets qu’on partage, les délicieux repas qu’elle nous cuisine en foodie 2020, et jusqu’à tout récemment, les voyages que l’on faisait ensemble.

Lorsqu’on a qu’une enfant, la coupure est plus radicale. S’il y a en a deux ou trois, j’imagine que l’on peut voir venir le vide que cela va créer. Ça se fait progressivement, on a le temps de s’y habituer. Alors que nous, toute l’organisation familiale se faisait à trois. On va passer d’une petite famille à un couple... en dépression. Ou d’une petite famille à deux solitudes qui auront, pour reprendre une expression à la mode, à se RÉINVENTER.

Se RÉINVENTER... Eh bien, on s’est acheté un jeu de scrabble et un jeu de dards. Dards-fléchettes. En tout cas, j’espère que ça ne va pas se retourner contre moi et que je ne vais pas devenir la cible de mon chum dépressif parce qu’il aura RÉINVENTÉ les règles!

On entend souvent dire que parfois les couples ne résistent pas à cette nouvelle réalité. Maintenant que les enfants sont partis, on peut se demander: qu’est-ce que je fais avec lui? ou elle?... C’est désolant, n’est-ce pas? Heureusement, je ne pense pas que ce soit mon cas, ni celui du papa, qui est néanmoins dévasté, enfin, disons triste... et inquiet. Inquiet surtout de voir le monde plein d’incertitudes sociales, économiques, environnementales dans lequel elle va plonger sans nous. Mais ce n’est plus un bébé, c’est une belle jeune femme.

Cependant, je sais aussi que vivre le départ de ma fille le mieux possible est le plus grand service à lui rendre. Que de la voir voler de ses propres ailes, c’est magnifique. La vie suit son cours et je partage avec vous ce que je ne cesse de me répéter... ça va bien aller. Ou plus sérieusement, personne n’abandonne personne dans toute cette histoire. On est là, on sera toujours là les uns pour les autres... mais chacun chez soi. Sois heureuse ma grande fille, bonne route, ma Clémentine.

Et pour bien nous remonter le moral, retournons au refrain de la chanson du début:

Mon enfant, mon petit
Bonne route, bonne route,
Tu prends le train pour la vie
Et ton cœur va changer de pays.

Photo: Frédérick Duchesne

À propos de Sophie Faucher

Comédienne, auteure, animatrice, Sophie Faucher connaît une carrière prolifique. On a pu la voir au cinéma (Ding et Dong, le film, La face cachée de la lune, Cabotins), à la télévision (4 et demie, Virginie et Tohu-Bohu) et au théâtre, où elle a notamment été Antigone, Alma Mahler, Marie Stuart (prix du public étudiant Théâtre Denise-Pelletier). Elle a également publié quelques albums jeunesse dont la populaire série Frida.

Pour Avenues.ca, elle a animé le populaire Rendez-vous Les grandes randonnées ici et ailleurs.