Photo: Marie-Julie Gagnon
14 juin 2016Auteure : Marie-Julie Gagnon

Suisse: escapade gourmande dans le Valais

De retour d'un voyage en Suisse, notre globe-trotteuse Marie-Julie Gagnon vous fait découvrir les plaisirs du Valais.

Au réveil, c’est toujours le même scénario. Je tire les rideaux, j’ouvre la fenêtre et je reste plantée là de longues minutes. Ma fenêtre se transforme en cadre. Un tableau mouvant qui se transforme au gré des humeurs de Dame Nature. Des paysages entre rêve et folklore.

Ce matin-là, ma contemplation sera plus brève qu’à l’habitude. J’ai rendez-vous avec Agathe, Bibianne, Georgina* et leurs copines. La lune s’accroche aux derniers soubresauts de la nuit. Je quitte mon cocon de l’hôtel Art de vivre et sa carte postale vivifiante pour aller découvrir la fabrication artisanale du fromage à la ferme des Trontières.

Quelque part entre Randogne et Montana, je glane des scènes qui viendront garnir mon album photo mental. Le lac Grenon et les montagnes enneigées se mirant dans sa surface parfaitement lisse. Les vallons aux dégradés de vert et leurs sillons de brume bleue. Les vaches d’Hérens au pelage sombre trônant sur les montagnes tantôt couleur absinthe, tantôt couleur sapin. Sans oublier le son de leurs cloches, qui a quelque chose de solennel alors que le jour se lève doucement…

Photo: Marie-Julie Gagnon
Photo: Marie-Julie Gagnon

À la ferme, la passion du fromage se transmet de génération en génération. Pendant que Berclaz père et fils sont déjà au boulot, les petits-fils attendent l’autobus scolaire. Près de la bâtisse principale, un distributeur permet de se procurer le fameux fromage du Valais à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. Une envie de raclette est si vite arrivée!

Ce ne sont pas tant les étapes de la fabrication du fromage qui retiendront mon attention ce jour-là, mais plutôt celles qui lui donnent sa matière première. Les vaches suisses et d’Hérens paissent tranquillement, un qualificatif qui pourrait être copié-collé à la fin de n’importe quelle phrase prononcée dans les parages. Les secondes m’intriguent particulièrement. S’inspirant d’un rituel auquel elles se livrent naturellement pour établir la hiérarchie, les Valaisans se réunissent chaque année pour le combat des reines. Les têtes et les cornes se poussent jusqu’à ce qu’une combattante démontre sa supériorité. Ses adversaires refusent le combat en signe de soumission ou se détournent d’elle. C’est ainsi que Rubis a été désignée reine ce printemps.

Comme Heidi

Retour à l’hôtel pour le petit déjeuner avant d’emprunter les sentiers qui mènent au hameau de Colombire. J’ai beau lutter pour aller au-delà des clichés, il m’est impossible de ne pas penser à Heidi. La succession de vallons me donne envie de gambader pieds nus comme une gamine. Le temps frais refrène toutefois mes ardeurs.

Photo: Marie-Julie Gagnon
Photo: Marie-Julie Gagnon

Bientôt, je me retrouve devant un tapis de neige. Nous sommes à la fin du mois de mai! Environ deux heures après avoir commencé l’ascension, je fais la rencontre d’Eugénie – et de sa canne, qu’elle brandit dès qu’elle en a l’occasion – à l’écomusée de Colombire. Ponctuant d’anecdotes la visite des trois mayens démontés et reconstruits selon les règles architecturales traditionnelles, elle devient l’âme et le visage de ce passé pas si lointain. J’oublierai peut-être à quoi servaient chacun des objets aperçus dans ces chalets d’alpage, mais pas la chaleur de son accueil ni la vivacité de ses souvenirs. À 1850 mètres d’altitude, le repas gargantuesque du Relais – particulièrement la tarte aux abricots – s’avère aussi savoureux que la vue.

Obsession fromage!

Parcourir le Valais et ne pas s’arrêter au Château de Villa, à Sierre, pour déguster la raclette serait un crime. Un vrai de vrai.

Photo: Marie-Julie Gagnon
Photo: Marie-Julie Gagnon

Avant de passer à table, dégustation de vins du Valais et de charcuteries: viande séchée de la Boucherie des Landes, jambon cru de Metzgerei Meyer, lard sec de Salaison d’Anniviers, saucisses du Château… Comment pourrai-je engloutir quoi que ce soit après tout ça?

Ma gourmandise l’emporte. Au menu, cinq fromages de différentes provenances: Bagnes 8 (Lourtier), Bagnes 1 (Verbier), Vissoie, Simplon et Gomser 55 (Grengiols). Le tout arrosé de Fendant du Domaine des muses. Chaque pomme de terre grelot que j’enrobe de fromage me rapproche un peu plus du paradis (et du surplus de poids qui ne sera pas dans mes bagages au retour, mais bien sur mes hanches!).

Quand, à la fin du repas, on me sert une glace arrosée d’abricotine, liqueur à base d’abricots, je jure ne plus manger de tout le reste du mois. C’était sans compter les sublimes créations du chef Laurent Morard (dont la femme, Marie-Anne, est Québécoise) que je goûterai au restaurant Le monument, à Lens, le lendemain…

Le bon côté du Valais, comme de la Suisse entière? Les multiples possibilités de randonnées. Allez, on reprend un peu de fromage?

Pratico-pratique:

  • Le train est la meilleure manière de se déplacer en Suisse. C’est aussi un fabuleux prétexte pour découvrir des villages charmants. Le circuit touristique à faire une fois dans sa vie: le Grand Tour. Le Glacier express, qui va de Saint-Moritz à Zermatt, et le Berlina express, de Chur à Lugano, font aussi partie des trajets les plus époustouflants.
  • La Suisse Pass est sans doute votre meilleure alliée si vous comptez bouger beaucoup. Elle donne accès à 250 transports publics incluant les trains, les bateaux et les autobus, en plus des musées.
  • On trouve 110 cépages dans le Valais. «On ne peut pas mécaniser la culture de la vigne chez nous, tout est manuel», explique Joël Briguet de la cave La Romaine. Les coûts de production étant très élevés, on se concentre sur les vins haut de gamme, puisqu’il serait impossible, de toute façon, de rivaliser avec les petits vins importés. Quelques vins typiquement valaisans: le Fendant (Chasselas), la Petite Arvine (grand vin blanc réputé) et le Cornalin, plus grand vin rouge du Valais.
  • On cultive la vigne dans tous les cantons de la Suisse. «Dans le Valais, 15 000 vignerons sont déclarés producteurs de raisins, explique Joël Briguet. Plusieurs occupent 450 caves qui font de la vinification, mais aussi en achetant les raisins à ces vignerons. C’est la raison pour laquelle on parle souvent au Valais de statut de vignerons encaveurs. Vigneron parce qu’on a nos propres vignes, et encaveur parce qu’on peut encaver la vendange extérieure au domaine.»
  • À côté du Château de Villa, à Sierre, se trouve le Musée du vin.
  • Et le chocolat? Ah! Le chocolat… Dès mon arrivée en Suisse, il s’est insinué dans la sauce accompagnant le bœuf servi au restaurant Zunfthaus zu Wirthen, à Soleure. Chez David, l’instant chocolat, à Crans-Montana, je suis conquise par le nougat enrobé de chocolat noir qui a fait la réputation du chocolatier. En clair, résignez-vous: toute tentative de résistance est inutile au cours d’un séjour en Suisse!
  • Je me suis rendue en Suisse à bord du nouveau Boeing 777-300ER SWISS airlines. Si vous êtes tenté par la classe Affaires, sachez qu’en plus des sièges qui se déploient en un lit de deux mètres de long, vous trouverez beaucoup d’espace de rangement.

* Les noms des vaches ont été modifiés pour préserver leur anonymat.

Notre chroniqueuse était l’invitée de SWISS International Air Lines et de Suisse Tourisme. Toutes les opinions émises dans ce reportage sont 100% les siennes.