Photo: Marie-Julie Gagnon
6 juillet 2016Auteure : Marie-Julie Gagnon

7 jours à Prague

7 jours à Prague, est-ce assez? Découvrez-le dans cette lettre de Marie-Julie Gagnon.

Chère Prague,

Je ne savais pas trop par quel bout te prendre. Par ton histoire, si riche et captivante? Par ta gastronomie qui, a priori, me semblait bien peu sexy? Par tes monuments célèbres et quartiers classés par l’UNESCO? Il m’a fallu quelques heures à peine pour que le fil rouge de ce voyage s’impose: ton architecture. Gothique, baroque, rococo, art nouveau, art déco, cubiste… Tu m’as servi de salle de classe à ciel ouvert. En tendant bien l’oreille, j’ai aussi distingué le murmure de tes façades, qui m’ont soufflé quelques bribes de ton passé…

Après une promenade le long de la rivière Vltava, où se trouvent de nombreux bateaux-bars tous plus invitants les uns que les autres, j’aperçois enfin l’immeuble qui m’intrigue tant. La silhouette de la bâtisse ne laisse aucun doute: je me trouve bel et bien devant la Tančící dům ou «Maison qui danse» de Frank Ghery et Vlado Milunic. «À gauche, on voit bien la jupe de la fille, m’explique quelques jours plus tard ma guide, Michaela Němcová, qui travaille notamment avec l’agence française Prague avant-garde. À droite, c’est le garçon.»

La Tančící dům ou «Maison qui danse» de Frank Ghery et Vlado Milunic. Photo: Marie-Julie Gagnon
La Tančící dům ou «Maison qui danse» de Frank Ghery et Vlado Milunic. Photo: Marie-Julie Gagnon

Surnommée «Ginger et Fred», en référence aux stars de comédies musicales Ginger Rogers et Fred Astaire, l’œuvre a été érigée là où se dressait un immeuble de style néo-classique bombardé par les Américains en 1945 et rasé en 1960. On attribue la genèse de ce projet, dès 1986, à l’écrivain et plus tard président Václav Havel, qui a habité l’immeuble voisin. Lors de son inauguration en 1996, le magazine Times a encensé la réalisation, allant même jusqu’à écrire que si le pont Charles symbolise l’ancienne Prague, la Tančící dům symbolise la nouvelle.

Bien qu’aujourd’hui les touristes se massent pour l’admirer, se sustenter à son restaurant et découvrir la vue au bar qui se trouve au sommet, au moment de son érection, les Pragois l’ont accueillie avec une moue de dégoût. «Ils ont changé d’avis», lance Michaela, qui a grandi dans la ville aux mille clochers, avec un sourire en coin.

De l’art nouveau au cubisme

À la Maison municipale (Obecní Dům), je bois tranquillement un thé en attendant la visite guidée. Autour de moi, j’entends parler français, anglais et d’autres langues que je n’arrive pas à identifier avec précision. Oui, l’endroit fait partie des incontournables touristiques.

Le café de la Maison municipale. Photo: Marie-Julie Gagnon
Le café de la Maison municipale. Photo: Marie-Julie Gagnon

Mais mon exploration des lieux ne me déçoit pas. «À la Maison municipale, les architectes, sculpteurs, peintres, mosaïstes, stucateurs et autres décorateurs ont produit une œuvre triomphale, au faste grandiose, devenue le grand symbole de l‘Art Nouveau en terre de Bohême», résume le site Web d’Avant-garde Prague. On peut y assister à des concerts de musique classique, manger dans son restaurant et son café et boire un verre dans son bar.

La pièce qui me laisse sans voix? Celle décorée par Alfons Mucha. Comme moi avant de suivre ses traces à Prague, vous connaissez peut-être le travail de cet affichiste de génie sans pouvoir associer son nom à ses créations. Propulsé grâce à ses collaborations avec la légendaire actrice française Sarah Bernhardt, l’artiste tchèque a laissé sa trace un peu partout dans la ville (et ailleurs dans le monde!). Considéré comme l’un des artistes phares de l’art nouveau, il a également créé des vitraux dans la cathédrale gothique Saint-Guy du Château de Prague. Quiconque s’intéresse à son travail devrait s’arrêter au musée qui lui est consacré.

Musée. Photo: Marie-Julie Gagnon
Musée Mucha, premier musée au monde consacré a la vie et a l'oeuvre d'Alfons Mucha. Photo: Marie-Julie Gagnon

Chère Prague, on m’avait dit que trois ou quatre jours suffiraient pour découvrir tes charmes, mais au moment de te quitter, sept jours après mon arrivée, j’ai l’impression de t’avoir à peine effleurée. Entre l’impressionnant pont Charles, qui enjambe la rivière depuis sept siècles, l’horloge astronomique de la Vieille place où, chaque heure, défilent les apôtres, le squelette de la mort et le coq, ton Château et son opulence, la vue splendide depuis la tour de l’Hôtel de ville (surtout au coucher du soleil), les multiples cafés et autres salles de spectacles, je me suis laissée conquérir tout doucement. Mais ce sont surtout les histoires susurrées par tes murs qui m’ont fait jurer de revenir.

L’horloge astronomique de la Vieille place et le château. Photo: Marie-Julie Gagnon
L’horloge astronomique de la Vieille place et le château. Photo: Marie-Julie Gagnon

Pratico-pratique :

  • J’ai logé à trois endroits différents pendant mon séjour: deux appartements loués sur Airbnb (dans Prague 1) et l’hôtel Mosaic House (dans Prague 2). J’ai particulièrement aimé l’atmosphère de ce dernier, qui propose à la fois des chambres privées (dont des suites plus luxueuses) et des dortoirs. Dans les trois cas, j’étais à distance de marche des principales attractions, ce que j’ai particulièrement apprécié. Louer un appartement revient plus avantageux à plusieurs.
  • À surveiller: les œuvres de l’artiste controversé David Černý, disséminées un peu partout dans la ville. C’est lui qui a notamment conçu la statue de Franz Kafka faite de «miroirs» pivotants, qui se trouve près du centre commercial Quadrio.
La statue de Franz Kafka par l'ariste controversé David Černý. Photo: Marie-Julie Gagnon
La statue de Franz Kafka par l'ariste controversé David Černý. Photo: Marie-Julie Gagnon
  • Deux cafés à ne pas manquer si l’architecture vous passionne, outre la Maison municipale: le Grand Orient Café, seul café entièrement cubiste de Prague, et le Café Louvre, charmant (et très touristique) repaire art nouveau (avec vue sur un KFC!).
  • La Place Vencelas fait partie des lieux animés où il fait bon aller se balader et prendre une bouchée, même si l’on est conscient que tout y est un peu plus cher parce qu’ultra-touristique.
  • L’agence Avant-garde Prague propose différentes visites guidées en français. Celle du château permet par exemple de voir des bâtiments principaux. J’ai même pu voir les oubliettes!
  • Pas facile de choisir un concert ou un ballet à voir dans une ville où l’offre est si grande! Michaela recommande d’opter pour l’Opéra de Prague ou de voir un ballet au Théâtre national. Des spectacles classiques sont également présentés dans plusieurs églises. Une salle très réputée: Rudolfinum. Loin d’être une experte en musique classique, l’auteure de ces lignes a assisté à un concert au Clementinum et est ressortie un peu déçue par l’exécution sans grande émotion des musiciens… et l’impression d’avoir assisté à un concert formaté pour les touristes, façon «greatest hits».
  • La Prague city card permet de prendre les transports en commun gratuitement, d’accéder à plusieurs musées et attractions et d’obtenir des rabais sur d’autres. À se procurer si vous souhaitez voir un maximum de choses en moins de temps possible. Coût d’une carte de trois jours: environ 80$ CDN. Privilégiant la marche aux transports au commun, je n’ai personnellement pas maximisé son utilisation.
  • Ne vous en faites pas si vous ne raffolez pas des spécialités tchèques (tout de même à essayer!): on trouve des restaurants très variés et à tous les prix. Deux coups de cœur très abordables: Ambiente Pizza Nuova et Modrýzub, un restaurant thaïlandais.
  • Une excursion d’un jour (ou deux) à faire: visite de la ville médiévale de Český Krumlov (que je n’arrive toujours pas à prononcer correctement!), en Bohême du Sud. Absolument charmante! Le centre historique et le château sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992.
  • Pour réserver un transport (avec chauffeur qui parle anglais) depuis ou vers l’aéroport en ligne: Bohemian Shuttles, bohemianshuttles@gmail.com.
  • Le régime communiste a laissé des traces, tant dans la ville que chez les individus. Bien que les Pragois ne soient pas forcément très faciles d’approche, si vous avez la chance de discuter avec les plus âgés, les entendre raconter les différentes époques restera sans doute parmi les expériences les plus mémorables de votre séjour (ce fut mon cas).
  • Un guide à se procurer: Escale à Prague, des éditions Ulysse.
Vue de la ville médiévale de Český Krumlov. Photo: Marie-Julie Gagnon
Vue de la ville médiévale de Český Krumlov. Photo: Marie-Julie Gagnon

Merci à Air Transat, qui propose des vols directs vers Prague depuis Montréal pendant l’été, Airbnb.ca et Mosaic House, qui ont rendu ce voyage possible. Merci aussi à Avant-garde Prague pour la visite du château! Une partie des frais de ce voyage ont été payés par l'Aéroport de Prague.