Photo: Matthew Henry, Unsplash
24 mars 2020Auteure : Emilie Laperrière

L’impact de la COVID-19 sur l’architecture et le design

La pandémie de COVID-19 affecte déjà grandement nos vies, mais aura-t-elle également un impact à long terme sur la façon dont nous construisons les villes et les espaces publics?



Avec le confinement de millions de personnes et la distanciation sociale, rarement aura-t-on été aussi conscient de notre environnement bâti que pendant la crise actuelle. Les effets de la pandémie sur notre quotidien sont facilement observables. Les espaces publics sont désertés et la majorité des travailleurs doivent s’improviser un bureau à domicile. Les enfants, eux, n’auront jamais passé autant de temps à la maison.

La situation pourrait néanmoins contribuer à modifier les façons de faire des architectes et des designers qui, lorsque tout reviendra plus ou moins à la normale, chercheront des solutions pour éviter que les inconvénients d’une crise semblable se reproduisent. Comme le souligne Rami el Samahy, architecte principal de la firme OverUnder, ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que les villes seraient repensées en réponse à une maladie. Londres l’a notamment fait en 1854 après l’épidémie de choléra.

Des idées émergent pour réinventer notre environnement. Voici quelques éléments qui pourraient changer dans l’avenir.

La fin des bureaux à aire ouverte?

La pandémie risque fort de sonner le glas des bureaux à aire ouverte, déjà en perte de popularité. «Les espaces de bureaux ouverts sont parmi les pires pour la COVID-19, en particulier si les lieux sont scellés, sans ventilation, et que l’air est simplement recyclé dans le bâtiment», explique la Dr E. Hanh Le, directrice principale des affaires médicales chez Healthline. Cette dernière incite d’ailleurs les entreprises concernées à encourager le travail à domicile pour réduire le risque de propagation.

Utilisé plus que jamais depuis quelques jours, le télétravail pourrait également gagner de nouveaux adeptes parmi les employés qui l’expérimentent pour la première fois. Si le travail virtuel s’avère une réussite, une façon de faire qui augmente la productivité, les entreprises devront peut-être s’adapter à cette réalité et lui faire plus de place.

Les espaces de bureaux ouverts sont parmi les pires pour la COVID-19. Photo: Alex Kotliarskyi, Unsplash

Des espaces publics repensés

Que l’on parle de bureaux, de centres commerciaux ou d’hôtels, les experts semblent s’entendre sur le fait que les espaces publics deviendront de plus en plus automatisés pour atténuer la contagion. Les technologies sans contact devraient notamment prendre leur essor.

«Je ne vois pas pourquoi, si je peux dire à Siri d’appeler ma femme ou demander à ma télécommande d’ouvrir Netflix, je ne pourrais pas dire à un ascenseur de m’emmener au dixième étage», illustre l’architecte Kobi Karp, directeur de Kobi Karp Architecture & Interior Design à Miami.

En plus des commandes vocales, les portes automatiques, les serrures contrôlées par téléphone intelligent ou l’enregistrement avancé à l’aéroport pourraient par exemple devenir la norme.

Les commerces devraient en outre favoriser plus qu’avant le paiement sans contact et offrir aux clients une manière de se laver ou de se désinfecter les mains.

Les technologies sans contact devraient prendre leur essor. Photo: Jason Dent, Unsplash

Des hôpitaux plus flexibles

Les urgences des hôpitaux un peu partout dans le monde débordent présentement de patients potentiellement infectés par le coronavirus. Or, la salle d’attente des urgences n’est pas vraiment configurée pour recevoir des personnes très contagieuses.

Des solutions existent déjà. À New York, par exemple, le David H. Koch Center for Cancer Care ne comprend pas d’aire d’attente traditionnelle. On retrouve plutôt de petites zones d’attente dispersées dans le bâtiment. Les patients sont avisés que c’est leur tour par le biais de la technologie RFID, ou radio-identification, qui permet de géolocaliser et d’alerter les patients à distance, habituellement grâce à une puce placée dans le bracelet d’hôpital.

Les chambres d’hôpital gagneraient également à s’adapter plus facilement pour augmenter leur capacité ou se convertir en unité de soins intensifs.

Il est encore trop tôt pour avoir une réponse à toutes les questions de design soulevées par la situation actuelle. La discussion est néanmoins lancée, et il est rassurant de constater que les architectes et les planificateurs urbains ne manquent pas d’idées pour imaginer un futur plus sûr.