La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

18 février 2020

Carte postale du Sri Lanka

Je vous écris aujourd’hui de la «larme de l’Inde». Je me trouve dans la ville de Nuwaya Eliya, dans les hautes terres du Sri Lanka. Ce que je fais ici? En gros, je prends le train à travers les plantations de thé, ce qui s’approche pas mal de ma vision du paradis.



J’ai quitté la chaleur torride de Colombo au petit matin, vendredi, et me suis d’abord arrêtée à Kandy. C’est dans cette ville qu’est gardée la fameuse dent de Bouddha, dans le temple le plus vénéré de l’île, Dalada Maligawa ou, si vous préférez, simplement, le «temple de la Dent». Je m’y suis rendue samedi matin, juste avant qu’on sorte la précieuse relique, cachée «dans sept coffrets emboîtés comme des poupées russes», explique le guide Gallimard. Les Cinghalais venus prier côtoyaient les touristes curieux. Un drôle de mélange, entre le sacré et un certain voyeurisme. Je n’ai jamais pu apercevoir la dent, mais j’ai vu pas mal de têtes devant, des brunes comme des blondes. De toute façon, il paraît que c’est une réplique...

Entre Colombo et Kandy. Photo: Marie-Julie Gagnon

Comment s’est-elle retrouvée à Kandy? Voilà le genre d’histoire qui me captive. Quand Bouddha a été incinéré, après avoir atteint le nirvana, ses fidèles sont parvenus à récupérer quelques éléments du bûcher… dont l’une de ses dents. Elle a été gardée en Inde pendant huit siècles, jusqu’à ce que gronde la menace d’une résurgence du militantisme hindouiste. Des militants ont tenté de la réduire en poussière, mais la molaire a résisté. C’est alors que le roi l’a dissimulée dans la chevelure de sa fille, qui a été envoyée sur l’île du Sud. Un temple a été érigé en son honneur à Kandy.

C'est à Kandy  qu’est gardée la fameuse dent de Bouddha, dans le temple le plus vénéré de l’île, Dalada Maligawa ou, si vous préférez, simplement, le «temple de la Dent». Photo: Marie-Julie Gagnon

Dormir comme une reine

Je dis que je suis venue pour les trains, mais c’est aussi parce que j’aime profondément les pays bouddhistes que j’aime revenir en Asie dès que j’en ai l’occasion. Ils m’apaisent. Les Cinghalais sont si accueillants! Chaleureux, souriants et respectueux, aussi. Pas une seconde je me suis sentie menacée depuis mon arrivée, même si je bourlingue en solo. Entre les plats bien relevés et les fruits frais, mes papilles sont aussi charmées que mes yeux, mes oreilles et mon corps, temporairement délesté de ses multiples pelures hivernales.

Entre les plats bien relevés et les fruits frais, mes papilles sont aussi charmées que mes yeux, mes oreilles et mon corps, temporairement délesté de ses multiples pelures hivernales. Photo: Marie-Julie Gagnon

Je vais de ravissement en ravissement. Il y a eu cet incroyable petit hôtel repéré par Voyageurs du monde, qui a coordonné tout mon voyage. J’ai passé trois jours à me pincer au Mountbatten Bungalow, où je dormais dans un luxueux chalet sur pilotis, entre les bruits de la jungle et le saisissant panorama. En consultant un livre sur l’histoire de l’endroit, j’ai découvert qu’il tire son nom de l’arrière-petit-fils de la reine Victoria et cousin d’Élisabeth II. Plusieurs fans de la série The Crown se sont d’ailleurs empressés de me le signaler sur les réseaux sociaux (note à moi-même: regarder enfin cette série à mon retour). Lord Mountbatten a notamment été le dernier vice-roi des Indes.

C'est lui, Lord Mountbatten!

J’aurais pu passer cent ans à fixer l’horizon depuis les fauteuils de la plateforme d’observation ou devant la piscine infinie. En pleine nature, le site contraste avec l’agitation de la ville. Insectes, oiseaux, grenouilles, singes… La trame sonore changeante était aussi parfaite que l’horizon qui m’hypnotisait.

J’aurais pu passer cent ans à fixer l’horizon devant la piscine infinie. Photo: Marie-Julie Gagnon

Sur les rails

Prendre le train au Sri Lanka nous ramène à l’époque du Ceylan colonial. Il y a les gares, dont le charme suranné contraste avec les cellulaires vissés aux mains des gens du pays comme des voyageurs. Et les voyageurs eux-mêmes, qu’on ne s’étonnerait pas de voir défiler en robes longues et complets dans ce décor d’un autre temps. Les chefs de gare et les agents, eux, remporteraient sans l’ombre d’un doute l’Oscar des meilleurs costumes avec leurs uniformes, leurs chapeaux et leurs moustaches (ils ne la portent pas tous, mais j’en ai dessiné mentalement à ceux qui n’en étaient pas pourvus).

Entre Kandy et Nanu Oya. Photo: Marie-Julie Gagnon

Différents types de trains serpentent entre les paysages. Si la portion Colombo-Kandy était intéressante pour ses tableaux variés, la seconde partie de mon itinéraire m’a littéralement renversée. Vous savez, ce moment où réalité et rêve semblent se confondre? C’est en grimpant doucement sur les contreforts montagneux et en sillonnant les plantations de thé, quelque part entre Kandy et Nuwaya Eliya, que j’ai touché l’extase. Aux premières loges, j’ai pu contempler les théiers qui ondoyaient dans les collines. Comme les portes latérales restent ouvertes entre les wagons pendant toute la durée du trajet, il est possible de croquer les scènes qui nous émeuvent sans voir les reflets de la fenêtre (et de chuter, mais c’est une autre histoire – je n’ai vu personne tomber, d’ailleurs).

Les portes latérales restent ouvertes entre les wagons pendant toute la durée du trajet. Photo: Marie-Julie Gagnon

Seul hic: j’ai eu, dans le wagon d’à côté et en plein dans mon champ de vision, un accro de perche à selfie. Après être sortie de mes gonds, j’ai pu prendre quelques clichés du train bleu qui ondulait dans le paysage vert tendre, mais l’envie de lui faire avaler sa baguette tout sauf magique est restée.

Le train bleu qui ondule dans le paysage vert tendre. Photo: Marie-Julie Gagnon

On dit que les hautes terres contrastent avec le reste du pays. Je pourrai confirmer – ou non – dans quelques jours, mais pour le moment, je m’étonne surtout des variations de température… et des perceptions. À l’hôtel Jetwing St. Andrew’s, où je me trouve en ce moment, on m’a accueillie avec une tasse de soupe. Quand j’ai fait remarquer à la préposée à l’accueil que c’était la première fois qu’on m’offrait un tel cocktail de bienvenue, elle m’a répondu tout bonnement: «C’est parce qu’il fait froid!» Le mercure affichait 21 degrés…

Nuwaya Eliya. Photo: Marie-Julie Gagnon

Moi qui souhaitais garnir ma garde-robe de voyage de quelques tuniques légères, je ne trouve que des vestes chaudes et des pulls dans les boutiques. Ce matin, alors qu’il faisait plus de 20 degrés, j’ai même aperçu une femme en plein exercice de sarclage au parc Victoria vêtue d’un manteau bien épais, capuchon sur la tête. Oui, il fait plus frais que dans le reste du pays, mais Bonhomme fondrait tout de même en quelques minutes!

Demain, je prendrai un autre train, cette fois pour Ella. On m’a répété maintes fois que c’est la partie des hautes terres qui offre les panoramas les plus spectaculaires. Cette fois, comptez sur moi pour repérer dès les premiers kilomètres les porteurs de perche à selfie qui pourraient gâcher ma vue!

Pratico-pratique:

  • Le prix des billets de train est dérisoire, et les trains sont très lents. De plus, il est impossible de les acheter en ligne et on ne peut se les procurer plus de 14 jours à l’avance. Les places assises s’envolant très vite entre Colombo et Ella, mieux vaut être bien organisé ou passer par une agence de voyages qui pourra s’occuper de les obtenir pour vous, surtout si vous voyagez en haute saison.
  • Il y a différents types de trains et trois classes. La première classe n’a rien de luxueux, mais on apprécie les wagons climatisés en plein soleil. Voyager en troisième classe avec une place assise permet de prendre des photos à travers une fenêtre ouverte, contrairement à la première classe, où elles restent fermées. Les portes des wagons sont toutefois ouvertes.
  • Pas de vendeurs insistants dans les gares et les marchés!
  • Cathay Pacific relie Toronto à Colombo, avec un transit à Hong Kong. Entre les deux vols – de 15 et 6 heures – j’ai eu environ une heure et demie de transit. 

Merci à Voyageurs du monde, qui a pris en charge l’organisation et la majeure partie des frais de la portion terrestre de ce voyage, et à Cathay Pacific, qui m’a permis de me rendre en Asie!