La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

11 décembre 2019

Quelles tendances marqueront nos voyages de 2020?

Entre octobre et janvier, les listes de destinations et les tendances qui se profilent à l’horizon pour la prochaine année se multiplient. Alors que 2019 s’achève, voici un résumé de mes lectures et observations pour 2020.


Prise de conscience environnementale

D’abord, une chose apparaît très claire à mes yeux: les grands enjeux environnementaux actuels auront un impact sur notre manière de «consommer» le voyage au cours des prochaines années. C’est d’ailleurs l’un des éléments qui est ressorti de l’édition 2019 du World Travel Market, événement phare qui rassemble chaque année des professionnels de l’industrie du tourisme à Londres. Le vert n’est pas une mode, mais bien la couleur qui teintera nos choix pour les prochaines années.

Bien que, pour des raisons de géographie évidente, la majorité d’entre nous ne puisse cesser complètement les déplacements en avion, nous n’échappons pas au phénomène Flygskam – la honte de prendre l’avion –, qui s’est insinué de l’autre côté de l’Atlantique et qui a entraîné une véritable réflexion sur notre empreinte de carbone. Certains, plus radicaux, seront peut-être tentés de participer au mouvement «Sans avion 2020 Canada», qui fait écho aux campagnes lancées en Suède («We stay on the ground») et en France, notamment. Toutefois, je pense que plusieurs grands voyageurs ou voyageurs d’affaires tenteront surtout de faire des choix plus responsables, en évitant par exemple les déplacements non nécessaires.

Que Greta Thunberg soit élue personnalité de l’année 2019 par le magazine TIME n’a surpris personne. Verrons-nous le «bateau-stop» gagner en popularité pour autant? Rien n’est moins sûr. Néanmoins, je suis curieuse de voir les initiatives qui s’inspireront des périples de la jeune militante au cours des prochains mois.

De mon côté, j’ai réaménagé mes horaires au cours des derniers mois afin de ralentir le rythme des voyages. Je m’informe beaucoup plus qu’auparavant sur le type d’appareil dans lequel je voyage. Si ma confiance envers Boeing a été fortement ébranlée à cause de la saga entourant les 737 MAX, j’admets avoir été séduite par le Dreamliner (787) de la même compagnie, notamment parce qu’étant plus léger que les anciens modèles, il consomme moins de carburant. Air Transat met pour sa part de l’avant le fait que le Airbus A321neoLR est le plus vert de sa catégorie.

En attendant l’arrivée des avions électriques et les carburants alternatifs, on se raccroche à ce qu’on peut!

Le phénomène Flygskam – la honte de prendre l’avion –a entraîné une véritable réflexion sur notre empreinte de carbone. Photo: Leio McLaren, Unsplash

Le train, transport d’avenir?

Pour les passionnés de train comme moi, la volonté de réduire l’empreinte de carbone amène une contrepartie intéressante: nous ne sommes plus des extraterrestres quand nous clamons notre amour des rails! Si se déplacer en Amérique du Nord par ce moyen de transport continue de relever du défi à cause de sa lenteur, des retards fréquents et du nombre limité de départs, en Europe et en Asie, son efficacité n’est plus à prouver.

Le rythme de nos trains s’inscrit très bien dans le mouvement du slow travel, qui ne cesse de gagner en popularité. Bien que l’on en parle depuis la fin des années 1990, cette tendance se colle parfaitement aux réflexions qui sont dans l’air du temps. Il ne faut donc pas s’étonner que le nombre d’adeptes ait autant crû au cours de la dernière décennie. En Europe, la recherche de solutions de rechange à l’avion – souvent plus abordable là-bas à cause des compagnies low cost, faut-il le rappeler – a même remis les trains de nuit au goût du jour!

Même si on l’associe au passé, je pense que le train a un bel avenir devant lui. On attend impatiemment un train haute fréquenceVIA Rail a par ailleurs annoncé le renouvellement de sa flotte pour le corridor Québec-Windsor d’ici 2022.

Si se déplacer en train en Amérique du Nord continue de relever du défi à cause de sa lenteur, des retards fréquents et du nombre limité de départs, en Europe et en Asie, l’efficacité de ce moyen de transport n’est plus à prouver. Photo: Taewoo Kim, Unsplash

Les micro-aventures

C’est sans doute l’une des thématiques qui a fait le plus jaser dans la blogosphère française en 2019. Le terme «micro-aventure» a été sur toutes les lèvres cette année, et aussi dans le catalogue de plusieurs éditeurs qui y ont consacré des ouvrages, Lonely Planet en tête avec L’art de voyager sans partir loin.

En gros, l’idée est de redécouvrir son coin de pays de manière ludique: échanger sa maison avec des amis le temps d’un week-end, se rendre au bout de la ligne de métro et explorer les environs, s’offrir des treks urbains… Le concept rappelle les fameux staycations, régulièrement remis au goût du jour.

Très populaire dans certains cercles, le «Bushcraft» est une autre manière de vivre des aventures – micro ou non – en pleine nature, en s’inspirant des coureurs des bois. De la «survie relax», comme l’indique l’historien québécois Billy Rioux, qui y consacre une chaîne YouTube (en anglais) et qui a lancé un livre sur le sujet en 2019. À surveiller!

Tourisme généalogique

Voilà une autre tendance bien amorcée depuis quelques années. Plus accessibles que jamais, les tests d’ADN ont entraîné de nombreux voyageurs à suivre les pas de leurs ancêtres. D’ailleurs, Ancestry, l’un des chefs de file en matière de tests d’ADN «grand public», en fait aussi la promotion. Elle n’est pas la seule: des voyagistes d’un peu partout sur la planète misent désormais sur le «DNA travel».

Au Québec, l’excellente émission Qui êtes-vous?, diffusée à Radio-Canada en 2015-2016, a sans doute donné envie à plusieurs de suivre l’exemple des artistes invités. Plusieurs villes françaises mettent d’ailleurs de l’avant les racines ancestrales pour convaincre les touristes nord-américains de traverser l’Atlantique. Si le sujet vous intéresse, Condé Nast Traveler consacre aussi un article au sujet.

Les tests d’ADN ont entraîné de nombreux voyageurs à suivre les pas de leurs ancêtres. Photo: Luca Bravo, Unsplash

Mais encore?

Dans cet article, Condé Nast Traveller décortique plusieurs tendances, dont certaines me laissent un peu perplexe, comme les «nakations», soit des vacances… nues. Il ne faut manifestement pas vivre au Québec, où la température comme les moustiques (et les tiques!) donnent rarement envie de se balader sans une bonne couche de vêtements, pour s’y adonner. J’avoue aussi avoir du mal à m’intéresser de près au tourisme spatial alors qu’il y a tant à explorer sur notre planète.

Par contre, je trouve intéressant de pointer l’engouement pour le surf, à la suite de son ajout comme discipline olympique, les nouvelles expériences gastronomiques des aéroports, phénomène qu’on observe de plus en plus un peu partout sur la planète, et les vols «lifestyle» avec, par exemple, un bar dans l’avion où l’on peut aller socialiser.

Alors, on part où maintenant? Ce sera l’objet d’une autre chronique!