La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

19 janvier 2018

Temporel: un spectacle qui donne à voir le temps qui passe

J’en reviens pas! Quel que soit l’endroit où je pose mon regard, je vois des jeunes. Partout. Ça tient au fait que je vieillis, bien sûr, mais aussi, avouons-le, parce que dans la sphère publique, on en a que pour eux. Ainsi, quelle ne fut pas ma surprise à la Cinquième Salle de la Place des Arts de voir apparaître deux vieillards dans les premières minutes de  Temporel, le nouveau spectacle de la compagnie de cirque Les 7 Doigts.

C’était évident qu’ils avaient de l’âge dans leur manière lente et fragile de se déplacer, exactement comme mes beaux-parents. Au moment où je commençais à me dire que je suis bien proche d’avoir de vieux os moi aussi, v’là-t’y pas que nos deux personnages envoient valser leurs prothèses (cannes, barniques et perruques blanches) et se muent en jeune couple dansant le boogie-woogie. Complètement bluffé, j’étais prêt à me faire brasser dans la machine du spectacle Temporel.

©Jean-François Gratton
©Jean-François Gratton

Cette proposition, on la doit à la rencontre de deux compagnies montréalaises dont les spectacles ont l’art de nous faire réfléchir sur la vie: Les 7 Doigts de la main, déjà nommée, et Lemieux Pilon 4D Art.

Depuis Grand hôtel des étrangers, créé en 1995 au Musée d’art contemporain, les artisans de Lemieux Pilon exploitent un créneau dans lequel ils sont passés maîtres: le 4D sur scène. Dans les spectacles qu’ils conçoivent, il y a toujours sur scène des personnages en chair et en os qui partagent l’espace avec leurs doubles obtenus grâce à des projections enregistrées ou live.

Dans Norman (2007), qui a été un de leurs grands succès, le célèbre réalisateur Norman McLaren revivait sous nos yeux et le narrateur du spectacle évoluait au cœur de ses films d’animation. C’était prodigieux.

©Jean-François Gratton
©Jean-François Gratton

L’utilisation de ce canevas technique pour faire du cirque amène cette discipline ailleurs. La contribution de Lemieux Pilon permet aux concepteurs du spectacle, Patrick Léonard, Isabelle Chassé et Shana Carroll, tous membres fondateurs des 7 Doigts, de faire différent.

On est moins dans la performance. Oui, il y a des numéros d’équilibre sur échelle ou de cerceau aérien, mais ils participent plus à créer des climats qu’à susciter des ho! et des ha! Temporel est une suite de tableaux oniriques. On est en présence d’une sorte d’horloger (Gisle Henriet) qui, en jouant dans la machine du temps, force un homme (Patrick Léonard) à revoir sa vie défiler. Il passera de vieillard à la démarche hésitante à jeune fringant devant une femme (Isabelle Chassé) qui ne cesse de lui échapper dans le feu, dans l’eau ou en courant après son spectre.

©Jean-François Gratton
©Jean-François Gratton

En effet, la technologie permet aux corps de passer de jeunes à vieux en un éclair, de faire apparaître un appartement en flammes ou de suggérer la profondeur des mers. L’illusion est réussie. On n’ose pas imaginer la précision que tout cela exige de la part des acrobates sur scène, qui sont à la merci de la technique pour que la magie opère.

Le spectacle dure une heure trente. Même si c’est réglé au quart de tour, je dirais par contre que c’est vingt minutes trop long. Il y a de la redite et tout ce qui est clownesque détonne dans cette facture qui sied définitivement mieux à la poésie.