La chronique Vin

Auteur(e)

Jessica Harnois

Sommelière et animatrice, Jessica Harnois a travaillé pour les plus grands établissements au monde, a occupé le poste de sommelière en chef à titre d’acheteuse de vins pour les Services SAQ Signature, a été responsable du Courrier vinicole et de la prestigieuse Cave de garde de la SAQ, en plus d’avoir été présidente de l’Association Canadienne des Sommeliers Professionnels et Vice-Présidente de l’APAS (Alliance Pan-Américaine des Sommeliers). Avec l’agence d’animation Vins au Féminin, elle a conceptualisé le jeu Dégustation Vegas qui démocratise le vin. Vous pouvez la voir à la télé, l’entendre à la radio et la lire dans plusieurs magazines.

24 janvier 2020

Cette nouvelle génération de vignerons qui prend soin de la terre

Dans les années 1950, la viticulture a connu, tout comme l’agriculture, un grand virage marqué par de nouvelles méthodes de production: technologies, machines, fertilisants chimiques, pesticides, fongicides et compagnie. Le mariage de l’agroalimentaire et de l’industrie pétrochimique a certes permis d’augmenter les rendements, mais pas nécessairement la qualité des vins et encore moins la durabilité des terres.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de vignerons, jeunes et moins jeunes, a envie de retourner vers des pratiques plus naturelles. Pour ce faire, ils délaissent les façons de faire industrielles, jugées néfastes pour la vigne et la terre, et reviennent vers des méthodes de production plus simples, nécessitant moins d’interventions humaines et ayant un moins grand impact environnemental. Plusieurs se tournent aussi vers les certifications et les catégories, comme le bio, le biodynamique, les vins nature, Terra Vitis, etc.

Bien entendu, ces étiquettes ne sont pas automatiquement un gage de qualité – tous les vins bio ne sont pas des chefs-d’œuvre. Certains vignerons profitent de conditions climatiques favorables pour offrir des vins certifiés bio, pas nécessairement par conviction, mais simplement parce que la demande existe sur le marché.

Or, pour d’autres vignerons, il s’agit bel et bien d’un statement – d’une véritable prise de position. Être certifié revient alors à afficher ses couleurs et à affirmer haut et fort ses valeurs environnementales et éthiques. Ces passionnés redéfinissent leur rôle, passant d’exploiteurs à surintendants. Et ils ne font pas de compromis: leurs vins seront bons autant pour le consommateur que pour la planète.

Voici trois de ces vignobles dont l’histoire s’inscrit dans cette volonté de changer le monde, une grappe de raisins à la fois.

Négondos Noctambulles

Voici un vignoble québécois qui a été un pionnier de la viticulture biologique locale. Depuis 1993, Carole Desrochers et Mario Plante s’occupent avec amour de leurs vignes sans toutefois les brusquer. Situé à Mirabel, le couple se lance d’abord avec des raisins californiens avant de se tourner vers des cépages bien adaptés au Québec. De plus, leur production en chai est tout aussi naturelle que leur culture de la vigne.

Le Noctambulles s’achète directement au vignoble qui, en passant, n’est qu’à une soixantaine de kilomètres de Montréal. Ce mousseux est nature, du raisin jusqu’à l’embouteillage. Vous y trouverez des notes de pomme jaune et de poire bien juteuse. Avec son acidité bien présente, ses belles bulles fines et sa finale en souplesse, c’est un bel exemple d’un vin nature produit ici même au Québec, dans un souci écologique évident. Tant qu’à aller y faire un tour, profitez-en pour vous rapporter une bouteille de leur fameux vin orange Julep.

Avec son acidité bien présente, ses belles bulles fines et sa finale en souplesse, c’est un bel exemple d’un vin nature produit ici même au Québec, dans un souci écologique évident. Photo: Alexandre Larochelle, Instagram

Négondos Noctambulles. En vente du vignoble. 28$.

Reyneke Organic Chenin blanc Western Cape 2018

Reyneke est un vignoble d’Afrique du Sud fondé en 1863. S’il a traversé bien des époques, il est maintenant animé par une mission claire, soit de faire mieux dans le respect de la terre. «We’ve made progress. We’re nearly back where we started», peut-on lire sur leur site web. En d’autres mots, ils sont revenus vers des méthodes de production plus traditionnelles et plus durables. Ces vignerons croient fermement que ces façons de faire sont meilleures pour la terre ainsi que pour le vin. Ils travaillent maintenant en biodynamie et flirtent avec l’économie circulaire.

Ce produit cellier et coup de cœur arrivera sous peu en quantités limitées à la SAQ. Gardez l’œil ouvert! Pour ma part, j’ai dégusté en 2019 le Reyneke Chenin Blanc Stellenbosch 2018. Cultivé en biodynamie et mis en cuves avec un minimum d’interventions, ce chenin blanc aux notes florales est très agréable et polyvalent. Il est frais et vif, avec une minuscule touche de sel qui nous rappelle ses origines côtières. La version bio quant à elle vient d’une région plus sèche, à une trentaine de kilomètres de l’océan Atlantique. On y trouvera des notes un peu plus fruitées (poire, pomme jaune et ananas au nez) et une acidité bien marquée par des notes en bouche de zeste citronné. À noter qu’il peut se conserver quelques années.

Ce produit cellier et coup de cœur arrivera sous peu en quantités limitées à la SAQ. Gardez l’œil ouvert! Photo: SAQ.com

Reyneke Organic Chenin Blanc Western Cape 2018. Vin blanc, 750 ml. 19,95$.

Domaine Ortola Languedoc Quatourze Nautica 2017

On termine cette liste avec un Français! On doit ce beau rouge à la famille Ortola, qui en est à sa troisième génération. Pour eux, un bon vin exige un milieu bien vivant. Pour se faire, ils travaillent avec des semis sous couverts végétaux, ce qui donne un habitat aux bactéries, champignons et autres organismes vivants qui contribuent à la santé des sols. Au chai, on n’ajoute rien non plus, pas même des sulfites. Tous les vins produits par la famille Ortola sont certifiés biologiques et biodynamiques.

Quand j’ai goûté à ce rouge composé de syrah, grenache et mourvèdre, je n’ai pas eu l’impression de boire un vin nature. Sa robe grenat bien dense et ses notes de fruits rouges et d’épices n’ont laissé planer aucun soupçon. On a affaire ici à un vin bien équilibré, harmonieux et élégant qui plaira certainement aux amateurs de syrah.

 On a affaire ici à un vin bien équilibré, harmonieux et élégant qui plaira certainement aux amateurs de syrah. Photo: SAQ.com

Domaine Ortola Languedoc Quatourze Nautica 2017. Vin rouge, 750 ml. 21,95$.

Sur ce, levons nos verres aux vignerons bio! Et bonnes dégustations!

Jessica et son équipe