La chronique Société et Culture

Auteur(e)

Claudia Larochelle

Claudia Larochelle est auteure (Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps, Les îles Canaries, Je veux une maison faite de sorties de secours - Réflexions sur la vie et l'oeuvre de Nelly Arcan, La doudou qui ne sentait pas bon, etc.) et journaliste indépendante spécialisée en culture et société. Elle a animé pendant quatre saisons l'émission LIRE sur ICI ARTV et elle reprend le flambeau en animant le webmagazine LIRE, dont le club de lecture en ligne compte plusieurs milliers d'abonnés. Elle est chroniqueuse sur ICI Radio-Canada radio et télé, entre autres à l'émission Marina Orsini et les vendredis en direct avec Patrice Roy au TJ 18h. On peut la suivre sur Facebook et Twitter : @clolarochelle.

28 février 2019

Quand Kim Kardashian débarque au Musée des beaux-arts de Montréal

Mère Teresa serait apparue dans son sari bleu et blanc, ressuscitée d’outre-tombe, qu’on n’en aurait pas parlé autant dans les médias que de la présence de Kim Kardashian, le 25 février, au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), à l’avant-première de l’exposition consacrée au couturier français Thierry Mugler.

Le visage sans mouvement de la Kardashian, figé dans un sourire mystérieux à la Mona Lisa, éclairé par le scintillement de sa robe-drap rose et or et une nuée de flashs, a fait courir les foules au musée, des foules qui ne se seraient pas précipitées dans cet antre culturel s’il n’avait pas été question de l’Américaine icône de la culture pop et vedette de téléréalité de 38 ans. Thierry Mugler lui-même est même passé quasiment inaperçu à ses côtés. N’empêche que le MBAM ne pouvait pas rêver d’un meilleur coup publicitaire. Reste à voir si les jeunes en délire, des filles entre 15 et 20 ans pour la plupart, retourneront au musée… La star a-t-elle seulement prononcé quelques mots? Même pas. Rien. Mais elle a de si beaux cheveux…

N’est-ce pas tout ce qui compte de poser, dans une société d’apparences, de lèvres gonflées, de faux cils, de peau lisse lisse lisse, de matière «instagrammable»? Une dizaine d’années après la «burqa de chair» de feu la brillante Nelly Arcan, elle-même prisonnière de ce corps, condamnée au bûcher des braves combattantes, à voir la manière dont on semble glorifier la dorée Kardashian au regard vide comme les abysses – le même que celui de sa copine Paris Hilton –, je crains que nous en soyons encore au même point, que nous n’ayons pas tant appris de la pensée «arcanienne» comme de celle des autres qui ont réfléchi à ce culte des apparences et l’ont dénoncé, et qui ne fait peut-être qu’empirer depuis l’avènement des réseaux – narcissiques – sociaux.

Kim Kardashian au Musée des beaux-arts de Montréal pour l'exposition Thierry Mugler. Photo: Facebook Kim Kardashian West

J’ai peur. Peur qu’au-delà des idées, de l’originalité, de la pensée, du réel talent artistique, sportif ou scientifique on en soit toujours et encore à valoriser le vide et la fausseté de corps surréels soumis aux diktats des apparences.

À voir l’engouement autour de la Kardashian (qui est sûrement bien gentille), il s’agit donc de porter aux nues rien de bien profond et utile… A-t-elle trouvé un vaccin contre le cancer? A-t-elle peint des œuvres qui révolutionnent le monde de l’art? A-t-elle écrit un roman formidable? A-t-elle réalisé un film nommé aux Oscars? A-t-elle sauvé une famille des flammes? A-t-elle servi, habillée en mou, des repas aux démunis? La Kardashian apparaît en Mugler, incarnant sa propre personne à l’écran. C’est ce pourquoi ses fans d’ici et d’ailleurs l’adulent, ce pourquoi les médias l’ont mise en une lundi dernier. C’est ce qui attire les clics, et sans clics, pas de but dans la vie. Sapristi.

- Que veux-tu faire quand tu seras grande?

- Être célèbre. Être belle. Être cliquable.

J’ai peur d’entendre ça de plus en plus souvent. J’ai peur que ça vienne de mon propre foyer… Ma job de parent, sans nier la réalité et la présence souvent précieuse des réseaux sociaux: anéantir la triste perception erronée que ce qui importe, c’est le bling bling, le soyeux, le sourire collagène, et diriger l’attention sur une Frida Kahlo, une Ariane Moffatt, une Safia Nolin, des émotions, des formes, de la sincérité, des rires qui dessinent des rides à force de rire, du travail, des efforts, de la discipline, encore des efforts, la vie. La vraie vie.

Je craque pour…

Passe-Partout, nouvelle génération

J’avais cinq ans, la doudou en bandoulière, la bouche pleine de biscuits, une moustache de lait et le cœur pur au retour de la maternelle quand, en 1983, je regardais religieusement Passe-Partout dans notre modeste salon de Sainte-Julie.

Cette semaine, c’est mon Ophélie qui était devant la télévision au retour de l’école. Ça m’a touchée de la voir aimer cette nouvelle mouture autant que moi. C’était impeccable. Bravo aux comédiens Jean-François Pronovost, Élodie Grenier et Gabrielle Fontaine qui ne m’ont même pas fait regretter les L’Heureux, Eykel et Pimparé de «mon temps». Belle pensée pour les auteurs Simon Boulerice, Sophie Legault, Annie Langlois, Mélissa Veilleux, dont on parle toujours trop peu et sans lesquels cette aventure qui débute n’aurait pas le même génie poétique, cette intelligence douce et la modernité nécessaire, sans être trop appuyée. Passe-Partout, c’est tous les jours à 18h à Télé-Québec.

Photo: Facebook Télé-Québec