La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

6 décembre 2019

Imagine Van Gogh, quand la lumière et les couleurs de la Provence brillent à Montréal

C’est ce qu’on appelle une proposition qui tombe pile. Alors que les journées sont à leur plus court, voilà que nous arrive à Montréal un événement rempli de couleurs et de lumière. Imagine Van Gogh, installé depuis cette semaine au centre d’art Arsenal art contemporain, est une immersion totale dans l’univers pictural du peintre Vincent Van Gogh (1853-1890). Jamais une exposition n’a permis de voir d’aussi près les détails de ses toiles.

Durant sa vie de peintre, de 1880 à 1890, Van Gogh a créé plus de 2 000 œuvres dont la surface dépassait rarement 75 par 100 cm. Ce que nous propose l’exposition Imagine Van Gogh, c’est de voir cette production en version XXL. Les photos de près de 200 toiles et dessins réalisés à Arles, Saint-Rémy-de-Provence et Auvers-sur-Oise, sont projetées sur des voiles suspendues qui font 20 mètres de hauteur. 20 mètres! Aussi bien dire que nous sommes bien petits devant ces chefs-d’œuvre.

Ce que nous propose l’exposition Imagine Van Gogh, c’est de voir les œuvres du peintre en version XXL. Photo: Claude Deschênes

Le diaporama permet d’admirer les toiles autant dans leur intégralité que dans le détail, certaines photos en gros plan mettant en valeur les traits de pinceau, l’empâtement ou la richesse des pigments. Pour le producteur de cette exposition, le Français Pascal Bernardin, cette approche est l’équivalent en art visuel de ce qu’a été l’arrivée de l’amplification en musique.

Le diaporama permet d’admirer les toiles autant dans leur intégralité que dans le détail. Photo: Claude Deschênes

On doit cette idée de projection d’images sur écrans géants à un autre Français, Albert Plécy (1914-1977), qui a donné à son concept le nom «d’Image totale». Les premières représentations du genre remontent au milieu des années 1970. Dans d’anciennes carrières de pierre des Baux-de-Provence, baptisées Cathédrale d’images, Plécy proposait un parcours dans lequel des diapositives agrandies 1000 fois étaient projetées sur des surfaces de 100 m2. Depuis, plusieurs versions de cette idée circulent à travers le monde. On pourrait dire que celle que Paul Dupont-Hébert de Tandem Expositions accueille ici respecte l’orthodoxie du créateur original.

On doit cette idée de projection d’images sur écrans géants à un Français, Albert Plécy (1914-1977), qui a donné à son concept le nom «d’Image totale». Photo: Claude Deschênes

Annabelle Mauger, conceptrice et réalisatrice de Imagine Van Gogh, est la belle-fille d’Albert Plécy. En aucun moment dans le montage qu’elle propose, l’œuvre de Van Gogh n’est trafiquée. Aussi, la trame musicale qui accompagne le défilement des photos est composée de pièces du répertoire classique, de Satie à Mozart. En comparaison, d’autres productions semblables (dont celle des Carrières de Lumière aux Baux-de-Provence) se permettent d’animer les œuvres projetées ou plaquent des musiques rock pour faire contraste et conforter un large public.

En aucun moment dans le montage qu’elle propose, l’œuvre de Van Gogh n’est trafiquée. Photo: Claude Deschênes

À la différence de l’expérience originale aux Baux-de-Provence, la version montréalaise se limite à une seule salle et la projection ne dure qu’une trentaine de minutes. On prolongera sa visite en revoyant le diaporama pour en apprécier les détails et en s’attardant aux cartels qui, à l’entrée, nous donnent le contexte dans lequel Van Gogh a réalisé les dernières œuvres de sa vie.

La projection dure une trentaine de minutes. Photo: Claude Deschênes

Cette exposition unique en son genre à Montréal est présentée dans un lieu qui mérite d’être découvert. Arsenal art contemporain est un centre d’art privé installé depuis 2011 au 2020, rue William, dans Griffintown. La salle qui accueille Imagine Van Gogh servait de chantier naval au XIXe siècle. Son volume impressionnant lui donne des airs de cathédrale. Il faut aussi profiter de son passage pour aller voir les expositions d’art contemporain qui y sont présentées et celle de la galerie Division, qui se trouve sous le même toit.

Photo: Claude Deschênes

Pour accéder à Arsenal art contemporain, le transport en commun (station de métro Georges-Vanier ou Lionel-Groulx, ligne d’autobus 35 ou 36) demeure la meilleure solution considérant que des travaux majeurs d’infrastructure sont en cours sur la rue William.

L’événement semble vouloir être très couru. L’annonce de la venue de Imagine Van Gogh a été faite à la mi-octobre, et avant le vernissage, jeudi, 40 000 billets avaient déjà trouvé preneurs. Je pense qu’en décembre, les Montréalais ont vraiment envie de lumière et de couleurs, surtout quand il s’agit de celles de Van Gogh. Ils seront comblés.

Lu: La critique n’a jamais tué personne de Nathalie Petrowski

La critique n’a jamais tué personne dit le titre du livre que la journaliste Nathalie Petrowski vient de publier aux Éditions La Presse. En tout cas, toutes les critiques qu’elle a écrites durant sa carrière n’ont pas eu sa peau à elle; la Petrowski is alive and well!

Alors que ça ne fait même pas un an qu’elle a quitté son poste à La Presse +, elle nous revient avec ses mémoires. Le style virevoltant, la verve et le mordant qu’on lui connaît sont toujours au rendez-vous. On ne change pas un branding vaillamment entretenu de 1975 à 2018 dans des journaux aussi différents que le Journal de Montréal, Le Devoir et La Presse.

Le livre est autant un florilège des bons et mauvais coups de la journaliste que le portrait de 40 ans de presse écrite au Québec. Moi qui ai commencé en 1976, mais dans les médias électroniques, j’ai eu beaucoup de plaisir à reconnaître plusieurs traits de ce milieu sans cesse en proie aux changements. Elle nous parle de cette époque où il était permis d’apprendre sur le tas, de ces années où Le Devoir vivait crise sur crise, du machisme bien enraciné dans les salles de rédaction, des perpétuelles mutations technologiques qui ont été jusqu’à convaincre La Presse de donner ses contenus.

Ceux qui cherchent du croustillant en trouveront. Elle passe quelques-uns de ses anciens boss au cash, et elle ressort quelques critiques vitrioliques (Diane Dufresne, Diane Juster, Nicole Martin, Annie Girardot, entre autres) qui lui ont valu des inimitiés persistantes.

Dans son récit, Nathalie Petrowski règle quelques comptes, mais ne se donne pas toujours le beau rôle. Elle sait souvent faire preuve d’autodérision. Voilà un livre qui se lit d’un trait, comme une chronique. Cela a malheureusement le défaut de laisser l’impression qu’on a affaire à un projet d’écriture vite fait. Il n’y a pas de mal à le dire, après tout, la critique n’a jamais tué personne!