La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

20 novembre 2019

Des hôtels-musées qui font rêver

Pourquoi aller simplement à l’hôtel quand on peut en plus se retrouver au musée? Alors que de nombreux établissements proposent aux voyageurs de découvrir des œuvres d’art, certains vont plus loin en créant des univers inspirés de thèmes porteurs. C’est le cas de l’Hôtel Uville Montréal, inauguré la semaine dernière, où les nostalgiques comme les curieux seront comblés.

Si son voisin, le Musée Pointe-à-Callière, nous entraîne notamment à l’époque de la Nouvelle-France, l’établissement de 33 chambres propose un tout autre genre de voyage dans le temps. «L’édifice est construit sur les fondations de Montréal, rappelle Daniel Gallant, vice-président du Groupe hôtelier Épik Collection. L’histoire des premiers arrivants est intéressante, mais nous en dit peu sur ce que nous sommes comme société aujourd’hui. Nous avons voulu choisir une autre époque pour amener nos invités à visiter la ville avec un autre regard. Les années 1960-1970 ont été une période d’énorme croissance, de changements, de turbulences, de crise d’identité… C’est vraiment la période qui a permis le Montréal d’aujourd’hui et qui va nous permettre de nous distinguer aussi dans l’avenir.»

Les années 1960-1970 sont à l'honneur à l'Hôtel Uville Montréal. Photo: Marie-Julie Gagnon

Les 33 chambres sont réparties sur trois étages qui correspondent à des périodes clés: Il faut que ça change!, au quatrième, qui évoque la période noire avant les grands changements; Crise de croissance, au troisième, qui rappelle la quête d’identité avant l’Expo universelle; et En soixante-sept, tout était beau, au deuxième, qui met de l’avant la culture comme véhicule de changement.

Les 33 chambres de l'Hôtel Uville Montréal sont réparties sur trois étages qui correspondent à des périodes clés de l'histoire de Montréal. Photo: Marie-Julie Gagnon

Un concept rassembleur

Développé grâce à la complicité de la créatrice multidisciplinaire Karine Lanoie-Brien et de l’historien Roger Laroche, le concept nous permet de constater la richesse de l’histoire récente de la ville. «Ils [Karine et Roger] ont écrit une histoire en 150 pages divisées en 33 thèmes, pour 33 chambres. Ça fait une belle histoire des années 1960 et 1970, comme elle n’a jamais été racontée.»

Les artéfacts sont nombreux. «Nous avons même un passeport de l’Expo signé par Pierre-Elliott Trudeau, avant qu’il soit premier ministre!» lance Daniel Gallant.

Au troisième étage, en sortant de l’ascenseur, on remarque une reproduction géante de la couverture du journal The Gazette, le lendemain de l’inauguration de l’Expo 67. Au quatrième, ce sont des images de hockey qui attirent l’attention en sortant de l’ascenseur. «Pendant la période noire, la religion avait beaucoup d’emprise, constate M. Gallant. Tranquillement, on est allé vers une autre idole: le hockey, particulièrement Maurice Richard. Le rituel du hockey, avant le jeu, a été conçu de la même manière qu’une messe. Les francophones, qui étaient déjà habitués à ce rituel, ont tout simplement effectué la transition vers le hockey.»

Au troisième étage, en sortant de l’ascenseur, on remarque une reproduction géante de la couverture du journal The Gazette, le lendemain de l’inauguration de l’Expo 67. Photo: Marie-Julie Gagnon

Vinyle des Hou-Lops ou films de l’ONF

L’une des chambres rappelle le passage de John Lennon et Yoko Ono à Montréal en 1969. On peut notamment y voir une copie de l’affiche autographiée par le couple et offerte à André Perry, qui a enregistré Give Peace a Chance.

Dans la chambre qui rappelle le passage de John Lennon et Yoko Ono à Montréal en 1969. Photo: Marie-Julie Gagnon

Dans celle que j’ai occupée avec ma famille la semaine dernière, au troisième étage, la déconstruction est à l’honneur. Des photos d’archives présentant un Montréal en chantier ornent les murs. C’était avant l’Expo, avant le métro… Ma fille de 13 ans et mon mari, originaire du Sénégal, ont particulièrement craqué pour un vinyle des Hou-Lops, écouté à répétition pendant la soirée (mention spéciale à Batman). Pas de doute: la nostalgie rassemble, même quand on est trop jeune pour avoir connu une époque ou qu’on vient d’ailleurs.

Le vinyle des Hou-Lops écouté à répétition . Photo: Marie-Julie Gagnon

Des films de l’ONF nous invitent également à plonger dans le Montréal d’avant. On les visionne dans la chambre, grâce à une application, directement sur la télévision (bien actuelle). «L’ONF nous a non seulement offert des ressources pour notre projet, mais aussi de le signer, explique Daniel Gallant. Quand l’équipe nous a dit souhaiter apposer le logo de l’ONF à côté du nôtre, pour nous, c’était la preuve qu’on créait quelque chose d’important. Un partenaire comme l’ONF nous apportait une crédibilité.»

L’application, mais aussi un livre, permet de visiter les thèmes des autres chambres. Je me suis endormie devant des images de Montréal en noir et blanc dans notre chambre aux couleurs acidulées…

Dans la chambre que j’ai occupée, au troisième étage, la déconstruction est à l’honneur. Photo: Marie-Julie Gagnon

Des hôtels-musées ailleurs au Canada

Plusieurs hôtels un peu partout à travers le monde sont aussi des musées. Au Québec, l’un des exemples les plus intéressants reste sans doute celui de l’Hôtel-Musée des Premières Nations, à Wendake, où confort et culture sont au rendez-vous. En plus du musée, une maison longue offre un aperçu du mode de vie ancestral. Pendant l’été, il est possible d’y écouter des contes et même d’y passer la nuit.

À Vancouver, dans le Downtown Eastside, le Skwachàys Lodge est le premier hôtel-galerie d’art autochtone au Canada. On y trouve une galerie, mais aussi des suites décorées par différents artistes. L’art est aussi au cœur de l’expérience du Listel, sur la rue Robson, dans la même ville.

À Vancouver, le Skwachàys Lodge est le premier hôtel-galerie d’art autochtone au Canada. Photo: Facebook Skwachays Lodge Aboriginal Hotel and Gallery

Ailleurs dans le monde

À Johannesburg, en Afrique du Sud, une maison habitée par Mohandas Ghandi de 1908 à 1909 est devenue un hôtel-musée après son achat par le groupe Voyageurs du monde en 2009. Entièrement rénovée, la Satyagraha House propose aux visiteurs de s’immerger dans l’univers du Mahatma, mais aussi dans le contexte de l’époque.

À Paris, le chic Hôtel Banke, non loin de l’Opéra et de la place Vendôme, présente aussi des expositions. Érigé en 1772, le bâtiment a été offert à Hortense de Beauharnais par son époux, Louis Bonaparte, frère de Napoléon. L’endroit, que plusieurs appelaient jadis «hôtel de la reine Hortense», est devenu une banque après l’exil de la famille Bonaparte. On raconte que les économies d’un certain Gustave Eiffel y ont dormi…

À Paris, le chic Hôtel Banke présente des expositions de bijoux sur les différents étages. Photo: Facebook Hôtel Banke, Paris

En plus des traces de cette époque – il paraît que 439 des 461 coffres de l’ancienne banque sont toujours fermés –, il est possible d’admirer une collection de bijoux sur les différents étages. Femme actuelle décrit ainsi les pièces qui s’y trouvent: «Organisées telle une exposition permanente, les vitrines offrent à la vue des visiteurs plus de 350 pièces ethniques et archéologiques en provenance d’Asie, d’Afrique, et d’Amérique précolombienne. Vous pourrez y admirer des trésors anciens et inédits: colliers rituels de Papouasie–Nouvelle-Guinée, tenues des chamans de la Côte d’Ivoire, coffrets talismans du désert du Mali… Plus qu’un hôtel, un musée d’histoire naturelle!»

Pas de doute, certains musées peuvent aussi faire rêver!

Pratico-pratique:

  • Prix d’une nuitée à l’Hôtel Uville: à partir de 169$. Un petit déjeuner froid est inclus et livré près de la porte de la chambre.
  • À l’arrivée, on fait choisir aux clients de l’Hôtel Uville l’image qui se trouvera sur la carte de leur chambre et qui pourra plus tard être transformée en étiquette à bagage. Les préposés à l’accueil peuvent ensuite recommander des circuits correspondant à nos intérêts.
  • L’Hôtel Banke fait partie de la collection Autograph de Marriott.
  • J’ai aussi parlé du Skawchàys Lodge dans cette chronique, et dans celle-ci.