La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

8 février 2019

Le film Edmond ou l’histoire rocambolesque de la création de Cyrano de Bergerac

«C’est un roc! ... c’est un pic! … c’est un cap! Que dis-je, c’est un cap? … C’est une péninsule!» Il suffit d’un petit extrait de la tirade du nez pour évoquer Cyrano de Bergerac. Mais on sait peu que cette œuvre monumentale a été écrite à toute vapeur par son auteur, Edmond Rostand, alors qu’il n’avait même pas 30 ans. C’est l’histoire de la création de cette pièce emblématique de la dramaturgie française que nous raconte le film Edmond, à l’affiche dès cette semaine au Québec.

Cette comédie dramatique française nous plonge dans le Paris de la fin du XIXe siècle, en 1897, alors qu’Edmond Rostand peine à se remettre de l’échec d’une pièce écrite pour Sarah Bernhardt. Le jeune poète, qui est pour ainsi dire en panne d’inspiration, propose à l’acteur-vedette Constant Coquelin de lui écrire un grand rôle. Ce dernier accepte, mais exige que le texte soit monté avant la fin de l’année, et nous sommes en décembre! C’est alors que s’enclenche une course contre la montre pour trouver l’inspiration et les acteurs, créer les décors et les costumes, faire fi des doutes et des obstacles.

Si la base du récit est vraie, le scénariste et réalisateur Alexis Michalik se permet plusieurs licences avec la réalité. On a beau savoir que Cyrano de Bergerac a bel et bien eu sa première le 28 décembre 1897 et que le texte est maintenant un classique, on se demande constamment si le jeune auteur arrivera à accoucher de sa pièce parce que le film abonde en rebondissements que le rival de Rostand à l’époque, Georges Feydeau, n’aurait pas dédaignés.

Ça donne une histoire rocambolesque, menée tambour battant et laissant peu de répit au spectateur, plus proche de l’esprit de la bande dessinée que de la biographie classique. Néanmoins, le film aborde en filigrane des questions bien sérieuses liées à la pratique du théâtre comme d’où vient l’inspiration? Qu’est-ce qui plaît au public? Qui mène, le créateur ou le producteur?

Edmond est servi par une formidable distribution. Distrayants à souhait, Olivier Gourmet, qui prend les traits de Constant Coquelin, qui joue Cyrano, et Mathilde Seigner, en Maria Legault, qui incarne Roxane, sont les deux acteurs les plus connus du groupe. Mais le film nous fait le bonheur de nous révéler de nouveaux visages: Tom Leeb, Lucie Boujenah et surtout Thomas Solivérès, qui fait un très attachant Rostand. Le reste de la distribution est composé de comédiens et de comédiennes plus anonymes qui rendent parfaitement l’esprit de troupe qui règne au théâtre, un lieu où la magie peut opérer quand le feu sacré de chacun brûle à l’unisson.

En cela, Edmond est un bon exemple. Avant d’être un film, Edmond a d’abord été une pièce de théâtre écrite par le même Alexis Michalik. Elle a été créée, sans vedettes, au Théâtre du Palais-Royal à Paris en 2016 et n’a jamais quitté l’affiche, ce qui représente plus de 700 représentations. Un triomphe qui a été couronné de cinq prix Molière en 2017. Vous en avez certainement entendu parler, car Juste pour rire, flairant le succès, l’a produite au Théâtre du Nouveau Monde l’été dernier dans une mise en scène de Serge Denoncourt.

Pour revenir au film, il a pris l’affiche en France le 9 janvier dernier et cumule à ce jour plus de 500 000 entrées.

Et pour cause, ce film, c’est un roc! ... c’est un pic! … c’est un cap! Que dis-je? C’est à voir!