La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

20 décembre 2019

De l’Inde au Québec, le parcours fabuleux de l’architecte Luc Durand

Qu’ont en commun le pavillon du Québec d’Expo 67, le Village olympique des Jeux de Montréal en 1976 et la Place Dupuis? Chacun de ces lieux porte la signature de l’architecte Luc Durand (1929-2018). Si je vous dis que c’est en Inde, de 1959 à 1962, que ce Québécois a développé l’expertise pour réaliser ces lieux emblématiques montréalais, est-ce que ça pique votre curiosité? Si oui, il vous faut voir le documentaire Luc Durand Leaving Delhi d’Étienne Desrosiers qui prend l’affiche cette semaine au cinéma du Musée.



Le parcours de Luc Durand est fabuleux. Il est le fils d’un promoteur immobilier montréalais, Lucien Durand, qui a construit de nombreuses habitations de briques rouges typiques des quartiers Notre-Dame-de-Grâce et Côte-des-Neiges. L’histoire veut qu’avant de mourir, ce bâtisseur ait dit à son rejeton: «J’ai bâti des quartiers, tu feras des villes.» La volonté du père sera honorée. Alors qu’il n’a que 14 ans, Luc Durand dessine les plans d’un chalet pour sa mère. Ce sera la première de nombreuses réalisations.

Mais ce n’est pas au Québec que Luc Durand apprendra les rudiments de l’architecture. En 1951, il fuit la Grande Noirceur de Duplessis pour aller se former chez les protestants en Suisse. Il y croise Pierre Jeanneret et son cousin Charles-Édouard, mieux connu sous le nom de Le Corbusier. Dès lors, Luc Durand sera un architecte moderniste avec une vision d’urbaniste.

Photo: Etienne Desrosiers

Par un concours de circonstances surprenant, c’est en Inde qu’il commencera à pratiquer son métier. En tant que citoyen du Commonwealth, il peut s’installer et vivre dans ce pays sans permis, ni visa. Il y construira d’abord le centre de réservations de la compagnie Air India. Suivront des contrats pour réaliser des pavillons pour de grandes expositions commerciales et des maisons. Il travaillera même sur le premier plan directeur de New Delhi, la capitale de l’Inde.

Pavillon de Air India, Exposition industrielle de New Delhi, 1961, architecte Luc Durand Credit p7v

Le réalisateur Étienne Desrosiers connait bien le travail de Luc Durand. Il a été commissaire de l’exposition Monuments 1959-2012 consacrée à sa carrière et présentée en 2012 au Centre d’exposition de Repentigny.

Cette fois, il va plus loin. Le réalisateur a ramené Luc Durand en Inde, le pays qui l’a vu naître comme architecte dans une immense liberté de création et à l’abri des influences. Le tournage a duré un mois et a permis de retrouver des réalisations qui portent la signature de Luc Durand, notamment une immense murale qui décore le foyer du Shiela, un cinéma mythique de Delhi malheureusement démoli depuis. À ces images contemporaines s’ajoutent de nombreuses images d’archives indiennes inédites ici.

Pavillon Thapar, Exposition industrielle de New Delhi, 1961, architecte Luc Durand Credit p7v

En parallèle, le film nous montre comment les idées développées en Inde ont été ensuite appliquées ici, au Québec. Pouvez-vous vous imaginer que l’organisation sociale des slums indiens (bidonvilles) a inspiré l’architecte dans sa conception du Village olympique? On nous raconte aussi le combat de Luc Durand pour déplacer vers l’est de la ville le développement immobilier de Montréal. On lui doit plusieurs grands ensembles, notamment la Place Frontenac, angle Ontario et d’Iberville, et la Place du Cercle, conciergerie située au-dessus de la station de métro Sherbrooke.

Village Olympique Architectes D Astous Durand Credit p7v

Après un film sur le flamboyant architecte Roger D’Astous (comparse de Luc Durand sur plusieurs projets) qui avait été extrêmement bien reçu en 2016, Étienne Desrosiers poursuit, avec Luc Durand Leaving Delhi, sa mission de garder bien vivant dans nos mémoires l’héritage de ces bâtisseurs-créateurs. Voilà un bel hommage posthume à un de nos grands architectes québécois. On ne dit jamais assez namasté à ceux qui créent le décor de nos vies.

Visité: l’exposition À bon port! du Grand Quai du Port de Montréal

J’ai trouvé l’activité idéale à faire pendant le temps des Fêtes avec vos enfants ou petits-enfants de 7 ans et plus. En plus, c’est gratuit!

Le Grand Quai du Port de Montréal vient d’inaugurer une toute nouvelle exposition permanente conçue selon les nouvelles règles de la muséologie moderne. Photo: Claude Deschênes

Le Grand Quai du Port de Montréal vient d’inaugurer cette semaine une toute nouvelle exposition permanente conçue selon les nouvelles règles de la muséologie moderne. Rien à voir avec l’exposition inaugurale qui présentait, en 2017, des maquettes de bateaux et des explications didactiques sur l’histoire et l’organisation du Port de Montréal.

À bon port! est une exposition interactive qui permet de découvrir les mille et une facettes de la vie portuaire à l’aide d’une série amusante de problèmes à résoudre. Photo: Claude Deschênes

À bon port! est une exposition interactive qui permet de découvrir les mille et une facettes de la vie portuaire à l’aide d’une série amusante de problèmes à résoudre. Au départ du parcours, le visiteur se voit remettre une carte à puce (RFID) qui détermine la mission à accomplir. On commence par apprendre quel type de marchandises (vrac liquide ou solide, conteneur) on aura à transporter et vers quelle destination. On doit ensuite se familiariser avec la logistique du port pour acheminer notre cargaison jusqu’au quai. Après quoi, on joue au pilote de bateau sur le fleuve grâce à un simulateur de navigation, et au débardeur en actionnant des grues miniatures. Le parcours se termine en gérant l’étape cruciale de la livraison des marchandises.

Le saviez-vous? 80% de tout ce que le Québec importe transite par le Port de Montréal! Photo: Claude Deschênes

Au fil des étapes, on aura, selon notre habileté, accumulé ou perdu des points qui influenceront le succès de notre mission. Comme vous le constatez, chaque station sollicite une aptitude différente. Beaucoup d’informations extrêmement intéressantes sont aussi communiquées à travers le parcours. On en apprend sur la multitude de métiers liés au transport maritime, sur les initiatives prises par le Port pour protéger l’environnement, sur l’importance de l’industrie portuaire dans nos vies. Le saviez-vous? 80% de tout ce que le Québec importe transite par le Port de Montréal!

Beaucoup d’informations extrêmement intéressantes sont communiquées à travers le parcours de cette exposition. Photo: Claude Deschênes

Cette exposition gratuite s’inscrit dans une volonté du Port de Montréal de faire mieux comprendre ses activités à la population et de développer le sentiment de fierté de vivre dans une ville portuaire. C’est un courant qu’on retrouve dans plusieurs villes portuaires. Il existe d’ailleurs un regroupement de villes portuaires qui ont développé des centres d’interprétation portuaire comme celui de Montréal. Parmi les villes membres du Port Center Network, on compte Anvers en Belgique, Le Havre et Dunkerque en France, Melbourne en Australie, Livourne et Gênes en Italie, Rotterdam aux Pays-Bas, Ashdod en Israël et Montréal et Vancouver au Canada.