La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

19 mars 2020

Non, ce n’est pas le moment de voyager

Jamais je n’aurais cru un jour tenter de convaincre les gens de rester sagement à la maison. Mais à ce stade-ci, je pense que le message martelé par les gouvernements est clair: évitons tout voyage non essentiel. Jusqu’à quand? On ne sait pas. C’est le moment de mettre en pratique l’une des choses les plus importantes que nos pérégrinations nous ont apprises: s’adapter à l’inconnu.



(Dernière mise à jour 21 mars)

Car c’est sans doute le plus difficile en ce moment: on n’a aucune idée combien de temps on devra contempler les murs de nos maisons. Partir en ce moment, à moins d’avoir une fichue bonne raison, serait totalement irresponsable. On sait maintenant que le virus peut être transmis par quelqu’un qui présente peu ou pas de symptômes. Que les personnes âgées et celles souffrant d’asthme, de diabète et de maladies cardiaques peuvent être particulièrement affectées par la COVID-19. On peut bien se priver de nos escapades à l’étranger, aussi crève-cœur cela soit-il, pour sauver quelques vies, non?

Ce qui nous apparaissait encore comme une décision personnelle la semaine dernière est devenu une question de civisme. Le nombre de cas confirmés ne cesse de se multiplier et le pire reste à venir. Partir, quand les conséquences ne touchent que nous-mêmes, est une chose, mais quand nos déplacements peuvent carrément devenir une question de vie ou de mort pour les autres, c’en est une autre.

Tout a dégénéré si vite… Il y a à peine une semaine, tout semblait encore possible. Vous êtes sans doute entourés, vous aussi, de fins finauds qui répètent qu’il fallait s’y attendre. Mais on peut difficilement prédire l’ampleur d’une telle crise, même en suivant l’évolution de la situation à l’étranger. Comme l’écrivait si justement Yves Boisvert dans La Presse lundi dernier, «notre instinct nous dit autre chose, et c’est pourquoi il faut s’en remettre à la science».

Ce qui, il y a moins d’un mois, me semblait surréaliste à Singapour – aujourd’hui citée parmi les exemples de pays qui ont bien géré le début de l’épidémie – est en train de se produire ici: les rues sont vides. Et c’est tant mieux, même si l’on sait que les conséquences seront désastreuses pour l’économie. Comme le soulignait le Time dans un article à propos de l’éthique, «les entreprises peuvent mieux prendre deux ou trois semaines de fermeture que grand-maman le virus» («The businesses can take the two or three-week shutdown better than grandma can take the virus»). Avant de sauver les meubles, il m’apparaît plus important de sauver nos vies.

Photo: Markus Spiske, Unsplash

Les frontières se ferment

En ce moment, la planète entière retient son souffle. Après avoir tardé à prendre une décision, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé lundi dernier la fermeture presque complète des frontières canadiennes dès le 18 mars. À 10h30, le 18 mars, il a ajouté que le Canada et les États-Unis allaient désormais «interdire temporairement tout passage non-essentiel à la frontière». Les camions de marchandises pourront continuer à circuler, mais pas les touristes, à part les citoyens qui rentrent au pays.

À compter de mercredi, seulement quatre aéroports au pays recevront des vols internationaux, soit ceux de Montréal, Toronto, Vancouver et Calgary.

D’autres frontières se sont aussi fermées aux quatre coins du monde. Depuis mardi midi, celles de l’Union européenne sont interdites pour 30 jours à tous les ressortissants étrangers qui n’ont pas de permis de séjour ou qui ne sont pas médecins. La Colombie et la Tunisie ont aussi fermé leurs frontières. Le Maroc a suspendu ses vols avec 29 pays samedi dernier. Rio et Sao Paulo, au Brésil, ont déclaré l’état d’urgence, tout comme la Suisse, l’Arménie, la Moldavie et le Kazakhstan ainsi que deux régions d’Ukraine, rapporte Ouest-France.

Bien qu’elle ait tenté de maintenir ses activités touristiques dont dépend son économie, Cuba a finalement annoncé la fermeture de ses frontières aux non-résidants pour une période d’un mois. Depuis le 16 mars, la République dominicaine a pour sa part suspendu ses vols à destination et en provenance de l’Europe, de la Chine, de la Corée et de l’Iran, mais au moment de rédiger ces lignes, les Canadiens y étaient toujours admis. Mais encore faut-il pouvoir s’y rendre!

Air Transat a annoncé le 18 mars la suspension de tous ses vols jusqu’au 30 avril. Les ventes pour des départs jusqu’au 30 avril sont fermées immédiatement pour la plupart des destinations européennes. Il n’est plus possible non plus d’acheter des billets d’avion pour des vols en provenance et à destination des Caraïbes et du Mexique pour la même période. Le transporteur assurera toutefois le rapatriement de ses clients au Canada. «Les clients de Transat actuellement à destination sont invités à consulter le site internet de l’entreprise sur lequel seront affichées les informations nécessaires pour organiser leur retour, précise la compagnie aérienne dans un communiqué envoyé aux médias le 18 mars. Aucun (SIC) frais de réservation ne sera appliqué (SIC) et les passagers n’auront pas à s’acquitter d’une éventuelle différence de prix.»

Sunwing a pour sa part annoncé le 16 mars la suspension de tous ses vols vers le Sud jusqu’au 9 avril pour se concentrer sur le rapatriement des voyageurs qui se trouvent au Honduras, à Aruba, au Panama et à Saint-Martin, où les frontières ferment aussi.

Photo: Deposit

Revenir, quel bordel!

Depuis samedi, Justin Trudeau exhorte les Canadiens en voyage à rentrer au pays le plus rapidement possible, peu importe où ils se trouvent.

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai suivi la saga de Québécois qui ont dû interrompre leur voyage pour dénicher des billets d’avion. Leurs prix, qui continuent d’être basés sur la loi de l’offre et de la demande même en cette période trouble, sont carrément indécents. Ces billets pourront-ils être remboursés par les compagnies d’assurances? Si seulement il y avait une réponse simple…

Du côté de l’Office de la protection du consommateur (OPC), qui n’a pas de juridiction en matière d’assurances, Charles Tanguay, responsable des relations avec les médias, me dit que «selon les experts en assurances, la réponse dépend de chaque compagnie, de chaque contrat». Il est donc important de faire toutes les vérifications possibles. Normalement, une assurance annulation devrait couvrir le montant du billet de retour, non? Mais y a-t-il quelque chose de «normal» en ce moment? Le gouvernement fédéral dit aussi être en train de se pencher sur la question de ces frais exorbitants.

S’informer adéquatement est particulièrement important pour les snowbirds qui prévoyaient rester encore quelques semaines sous le soleil de la Floride. Dans un communiqué émis le 15 mars, l’Association canadienne des snowbirds fait la recommandation suivante: «Nous savons de source sûre que plusieurs assureurs accordent à leurs assurés un délai de 10 jours pour rentrer au Canada, après quoi toute couverture sera suspendue. Nous recommandons fortement à nos membres de contacter leur fournisseur d’assurance voyage médicale immédiatement afin de connaître les nouvelles conditions de leur police.» L’urgence est d’autant plus grande que s’ils se retrouvaient infectés, il leur est désormais interdit de monter à bord des avions. Ottawa promet cependant de leur offrir une aide financière le cas échéant.

Une porte-parole de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP), Dominique Biron-Bordeleau, citée dans l’édition du 17 mars du Journal de Montréal, mentionne toutefois qu’aucun assureur membre de son association n’avait donné ce genre d’ultimatum à ses clients en date du 16 mars. Par contre, ceux qui ont quitté le pays après le 13 mars ne seront pas couverts par plusieurs compagnies, dont RBC Assurances, La Capitale et Desjardins Assurances, a rapporté le quotidien montréalais.

À travers le chaos, on voit tout de même naître de belles initiatives. Le transporteur Bell-Horizon, basé à Trois-Rivières, s’est par exemple associé à l’agence Expression Voyages de Magog pour offrir un retour en autocar aux snowbirds qui se trouvent en Floride. Un test de santé préventif obligatoire sera effectué avant d’entrer dans l’autocar.

Les snowbirds qui rentrent en voiture pourront-ils le faire sans problème? Le premier ministre a souligné que même si les frontières entre le Canada et les États-Unis sont maintenant fermées, les voyageurs qui rentrent au pays pourront revenir.

On ne le répétera jamais assez: au retour, RESTONS ISOLÉS!

Annuler ou pas nos futurs voyages?

Nombreux sont les globe-trotters à se demander s’ils ne devraient pas annuler tous leurs projets de voyage du printemps et même de l’été. Pour la belle saison, même s’il est encore tôt pour se prononcer, on se doute que la situation ne sera pas revenue à la normale, car la crise risque de s’étirer. Pour le printemps, je pense qu’on doit malheureusement faire le deuil de nos projets d’évasion.

Toutefois, si vous souhaitez effectuer une modification ou annuler votre voyage et que votre départ n’est pas prévu pour les prochains jours, ce n’est pas le moment de se ruer sur le téléphone. Les lignes sont surchargées par les gens qui devaient partir cette semaine. Le mieux, quand c’est possible, est de tout faire sur Internet. Mais là encore, les demandes sont légion. Les compagnies aériennes s’assurent de répondre aux cas prioritaires. Heureusement, la plupart des acteurs de l’industrie du voyage permettent de faire des modifications sans frais pour une période déterminée, qui varie selon les compagnies.

L’OPC, qui répond sur son site à plusieurs questions fréquemment posées par les consommateurs, conseille de «d’abord tenter de conclure un arrangement avec votre agent de voyages ou, selon le cas, avec le ou les fournisseurs. Vous pourriez convenir, par exemple, de reporter le départ, de modifier l’itinéraire ou encore d’annuler votre voyage. Cependant, l’agent de voyages ou le fournisseur de services pourrait vous réclamer le paiement d’une indemnité. Pensez également à vérifier si votre assurance voyage peut vous venir en aide».

Ceux qui ont réservé leur séjour par l’entremise d’un agent de voyages titulaire d’un permis du Québec pourraient être admissibles au Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages (FICAV), à condition que la destination soit visée par un avertissement officiel diffusé par le gouvernement canadien, que cet avertissement ait été diffusé après l’achat de votre voyage et qu’il soit encore en vigueur 72 heures ou moins avant votre départ.

Photo: Unsplash.com

Devant l’inconnu

Si seulement on pouvait appuyer sur «fast forward» pour connaître tout de suite le dénouement du film.... On n’a, de plus, aucune idée combien de temps on sera vissé à notre sofa! Contrairement au cinéma, le suspense actuel aura de lourdes conséquences dans plusieurs milieux. Celui du tourisme sera bien entendu particulièrement affecté. Mais à l’heure actuelle, les priorités sont ailleurs.

Pour ma part, depuis la semaine dernière, je ressens un grand malaise en voyant passer des photos de vacanciers, tout sourire, qui semblent tout ignorer de la situation actuelle. En l’espace de quelques heures, ces images qui me faisaient du bien sont devenues des irritants. Bien sûr qu’il faut continuer à rêver! Mais il ne me semble pas approprié de poursuivre son exploration du monde comme si de rien n’était alors que l’état d’urgence est déclaré.

Sans minimiser les émotions vécues par chacun, devoir reporter un voyage m’apparaît tout de même moins dramatique que les pertes subies par les travailleurs du Sud. Comment tous ces Philippins qui triment dur sur des bateaux de croisières, loin de leur famille, s’en sortiront-ils? Si, au Nord, les gouvernements ont annoncé différentes mesures pour aider tant les entreprises que les travailleurs autonomes, la situation est bien différente dans les pays du Sud.

Je pense aussi aux guides des quatre coins de la planète, aux serveurs des bars et restaurants d’ici et d’ailleurs… J’espère sincèrement qu’une fois la crise derrière nous, les voyageurs reprendront le cours de leurs périples. Pour eux-mêmes, mais aussi pour tous ces travailleurs qui dépendent de notre amour de l’exploration.

Si on peut voir du pays en étant encore plus conscients de l’impact de nos choix et de nos actions, toute cette saga aura au moins eu un peu de positif. Ce sera le moment, plus que jamais, de gonfler nos pourboires quand on aura droit à un service hors pair. D’ici là, chantons à distance avec les Italiens!

À garder en tête:

  • À (re)lire: l’éditorial de notre rédactrice en chef, La COVID-19… devoir citoyen, oui, panique? Non!
  • Les compagnies aériennes sont débordées. Plusieurs font parvenir des courriels à leurs clients ou partagent les dernières informations par l’entremise de leur site Web et des différents réseaux sociaux. Le mieux, si vous ne parvenez pas à parler à quelqu’un, est de prendre connaissance des dernières informations communiquées par ces différents canaux.
  • Depuis le 10 mars, le gouvernement du Canada recommande d’éviter les croisières. Ceux qui souhaitent quand même partir devront s’attendre à en payer les conséquences potentielles. «Par exemple, si des voyageurs partent en croisière malgré l’avis du gouvernement, ils n’auront droit à aucun remboursement des frais liés au coronavirus», a expliqué Jean-Benoît Turcotti, d’Assurances Desjardins, à La Presse. Plusieurs compagnies ont par ailleurs annulé tous leurs voyages prévus au cours des prochaines semaines. D’autres exigent désormais que les personnes de plus de 70 ans présentent un certificat médical attestant qu’ils sont aptes à voyager.
  • En Floride, les parcs Walt Disney World et Universal sont fermés, depuis le 16 mars, jusqu’à la fin du mois.
  • Volenretard.ca mettra ses avocats au service du public ce vendredi 20 mars de 9h à 17h pour répondre aux questions des voyageurs et donner des trucs et conseils juridiques pour obtenir des remboursements, et ce totalement gratuitement. Vous pourrez alors poser toutes vos questions sur la page Facebook de Vol en retard via Messenger et chaque question sera traitée au cas par cas.

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