Photo: Janko Ferlic, Unsplash
21 juin 2019Auteure : Julie Chaumont

Relever de nouveaux défis professionnels… à la retraite!

À peine quelques mois après le début de sa retraite, Richard Migneault a reçu un coup de fil du ministère de l’Éducation. On lui proposait un poste de consultant à temps partiel pour l’élaboration d’un nouveau plan d'action sur la lecture à l’école… un défi que ne pouvait refuser ce passionné de littérature et d’enseignement. Mais les défis ne se sont pas arrêté là: il est aussi devenu blogueur, auteur et chroniqueur pour Avenues.ca!

Avenues.ca: Quelles sont les grandes lignes de votre parcours scolaire et professionnel?

Richard Migneault: J’ai étudié en littérature française au Cégep du Vieux Montréal en 1968, puis en pédagogie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

En 1972, je suis devenu enseignant dans une école secondaire. Ça faisait cinq ans que j’enseignais lorsqu’un poste de directeur adjoint s’est ouvert à l’école où je travaillais. J’ai postulé et, contre toute attente, j’ai obtenu le poste. À 25 ans, je suis donc devenu directeur adjoint d’une école secondaire, sans aucune expérience particulière, mais avec une certaine folie et quelques bonnes idées. J’ai occupé ce poste pendant cinq ans.

En 1979, tout en étant directeur adjoint, je me suis impliqué dans l’implantation des nouveaux programmes de français dans les écoles primaires. Cette expérience m’a donné envie de devenir directeur d’une école primaire, ce que j’ai fait pendant neuf ans. Au cours de ces années, je me suis beaucoup impliqué sur le plan de la pédagogie et des méthodes d’enseignement.

Je suis ensuite devenu coordonnateur au service de l’enseignement de ma commission scolaire. Après deux ans, j’ai été nommé directeur de ce même service, un poste que j’ai occupé pendant dix ans. En même temps, je travaillais à l’écriture d’un nouveau programme du ministère de l’Éducation: le programme des programmes de compétences transversales en enseignement.

Alors qu’il ne me restait que cinq ans avant de prendre ma retraite, j’ai eu envie de retourner travailler dans les écoles. Je suis donc devenu directeur d’une école secondaire de 1 000 élèves, où j’ai eu un plaisir fou à côtoyer des élèves de la 1re à la 5e secondaire.

J’ai finalement pris ma retraite en décembre 2006. Il y a 13 ans.

Photo: Maxyme G. Delisle

Avenues.ca: Quels étaient vos projets de retraite?

R.M.: Durant ma dernière année de direction d’école, je m’achetais des livres en prévision de la retraite. Je m’étais fait une étagère pour les livres que j’allais lire. Il y en avait 200.

Avenues.ca: Avez-vous eu le temps de les lire?

R.M.: Oui… mais ça a pris plus de temps que je le pensais! Quand j’ai pris ma retraite, en 2006, j’ai eu un appel du ministère de l’Éducation qui me proposait de travailler à temps partiel sur le Plan d’action sur la lecture à l’école. Je suis donc devenu consultant en éducation pour le ministère en 2007… et j’ai arrêté en 2017.

Avenues.ca: Qu’est-ce que vous faisiez exactement?

R.M.: J’ai développé un outil pour que les directions d’écoles puissent facilement bâtir un plan d’action en lecture et, avec l’Université de Sherbrooke, on a construit un outil pour que les enseignants puissent faire le portrait de leur classe comme élève lecteur, avec les habitudes de lecture des élèves et leur attitude par rapport à l’apprentissage.

Ces deux gros dossiers étaient un beau prolongement de ma carrière de pédagogue. Ça m’a permis de faire de la formation sur place, dans les écoles, dans à peu près toutes les régions du Québec.

Avenues.ca: Est-ce que ce travail à temps partiel vous permettait de profiter de votre retraite malgré tout?

R.M.: Ce travail a surtout permis de me lancer dans un autre projet!

Avenues.ca: Lequel?

R.M.: J’ai toujours aimé lire et partager mes lectures avec mon entourage. Un jour, une collègue au ministère de l’Éducation m’a encouragé à me partir un blogue pour parler de mes lectures. Je n’avais aucune idée de ce qu’était un blogue! Elle m’a créé un site, m’a expliqué comment ça fonctionnait et je me suis lancé! C’est ainsi qu’est né Polar, noir et blanc. Depuis 9 ans, avec quelques collaborateurs et collaboratrices, j’ai publié plus de 880 chroniques!

Avenues.ca: Mais ce blogue, c’est du plaisir, pas du travail…

R.M.: Ce n’est pas un travail, c’est un hobby. Cela me permet de pouvoir parler de mes lectures à beaucoup de monde, d’échanger et d’entrer en contact avec des auteurs. Ça m’ouvre aussi des portes vers d’autres opportunités, dont la rédaction de critiques pour Avenues.ca!

Avenues.ca: Quel a été l’événement le plus marquant de votre carrière?

R.M.: Je suis un client très fidèle d’une librairie et, un jour, on m’a demandé de venir conseiller les clients lors d’un salon du polar. C’était un fantasme professionnel que j’avais de devenir libraire!

Cette expérience a été déterminante car elle m’a permis de réaliser que les lecteurs québécois lisaient beaucoup de polars, mais qu’à peu près personne ne s’intéressait au polar québécois. À partir de ce constat, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour faire connaître nos auteurs québécois. J’ai donc bâti un projet un peu fou: un recueil de nouvelles avec des auteurs québécois. J’ai présenté mon projet à trois maisons d’édition, et Anne-Marie Villeneuve des Éditions Druide, a décidé d’embarquer. De là est née la série des crimes, dont la première sortie, Crimes à la librairie, remonte à mars 2014. Depuis, on a sorti Crimes au musée, un recueil de nouvelles 100 % féminin, et Crimes à la bibliothèque.

L’année passée, mon cœur de directeur d’école s’est encore ouvert et on a sorti le petit frère des crimes: Mystères à l’école. Avec 14 auteurs, on s’adresse à des jeunes de 10 à 14 ans. C’est un projet qui me tenait beaucoup à cœur et qui connaît un beau succès. C’est aussi le premier recueil dans lequel je signe une nouvelle.

Avenues.ca: Avec toutes ces occupations, comment voyez-vous l’avenir?

R.M.: Après 13 ans à la retraite, je suis encore sur mon erre d’aller! Je suis présentement en train de travailler sur le deuxième Mystères à l’école. J’ai aussi de nouveaux intérêts pour la généalogie et l’histoire… desquels pourrait naître un nouveau projet de livre! Il y a aussi de plus en plus d’auteurs qui me demandent de lire leurs manuscrits, c’est quelque chose que j’adore.

À son départ à la retraite, la pile de livres à lire de Richard Migneault contenait 200 livres. Elle en compte aujourd'hui 800!