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23 mars 2020Auteure : Julie Chaumont

De travailleur autonome en soutien informatique à inspecteur en urbanisme et environnement

Après avoir travaillé plus de 25 ans à son compte en soutien informatique, Louis Martin a fait un changement de carrière radical à l’âge de 53 ans. Voici son histoire.


Avenues.ca: Quelles sont les grandes lignes de votre parcours scolaire et professionnel?

Louis Martin: Après l’obtention de mon diplôme d’études collégiales en géographie, j’ai commencé un baccalauréat en urbanisme. Le taux de placement était alors de plus de 80%... mais quand j’ai fini, trois ans plus tard, il était rendu à 8%! On était en 1989, tout juste avant la crise économique de 1990.

Pendant mes études, j’ai travaillé un an pour la MRC de Vaudreuil-Soulanges en tant que conseiller en aménagement. J’ai ensuite travaillé sur les plans d’aménagement concept d’un nouveau projet touristique dans la région de Saint-Calixte/Rawdon, qui n’a finalement pas vu le jour.

La crise économique touchait les entrepreneurs, qui supprimaient tous les postes en urbanisme, mais aussi le gouvernement et les municipalités. J’ai postulé partout, mais c’était négatif partout.

Avenues.ca: Qu’avez-vous décidé de faire?

L.M.: J’avais décidé de prendre le temps de réfléchir à tout ça en continuant mon job étudiant chez Bernard Trottier Sports quand un de mes frères, qui travaillait en informatique, m’a suggéré de m’orienter vers ce domaine. Les «Mac» faisaient leur arrivée sur le marché et mon frère venait d’ouvrir une petite école privée de formations de trois mois en infographie. La première session, j’ai suivi le cours; la deuxième, j’étais l’assistant du professeur; la troisième, c’est moi qui donnais le cours. J’aimais ça et j’ai décidé de lancer une compagnie en informatique.

Avenues.ca: Quels services offriez-vous?

L.M.: J’étais spécialisé en produits Apple et ma clientèle était majoritairement constituée de petites et moyennes entreprises, ou de travailleurs autonomes, qui n’avaient pas les moyens d’avoir des ressources informatiques sur place et qui faisaient appel à moi, sur appel. Je faisais du dépannage, de la consultation (planifier les changements d’ordinateurs, les mises à niveau, etc.), du branchement de réseaux, d’imprimantes, etc. J’ai fait ce travail pendant un peu plus de 25 ans avant de sentir que j’avais fait le tour, que je tournais en rond et que je voulais changer de carrière. J’avais beau avoir 53 ans, je n’étais pas en mesure de prendre ma retraite et je me disais que j’avais encore de belles années à donner à la société.

Avenues.ca: Saviez-vous ce que vous vouliez faire?

L.M.: Pas vraiment. Je savais juste que je ne voulais plus travailler dans le domaine de l’informatique. Je me sentais pris avec mon CV, qui était juste en informatique, et mon expérience en urbanisme, qui était loin.

Avenues.ca: Quelles démarches avez-vous alors entreprises?

L.M.: Sur les conseils de ma femme, je suis allé chez Midi-Quarante, un service de transition et de gestion de carrière pour les personnes de 40 ans et plus. J’ai eu quelques rencontres individuelles avec une conseillère, qui m’ont permis de cerner ce que je voulais faire.

Cette conseillère m’a aussi aidé à retravailler mon CV afin de mettre en valeur ma formation en urbanisme et les différentes expériences parallèles acquises au cours de mes années de travail en informatique.

Elle m’a aussi fortement suggéré de me développer un réseau de contacts pour me permettre de m’ouvrir de nouvelles portes, ce que j’ai fait sur le réseau LinkedIn.

Un autre conseil était de faire quelques cours afin de mettre mon expérience à niveau. J’ai donc participé à une formation d’une journée sur la loi et l’aménagement en urbanisme, donnée par l’Ordre des urbanistes du Québec. J’étais le plus vieux de la gang, mais j’ai profité de l’occasion pour discuter avec les gens qui étaient présents et qui, pour la plupart, travaillaient déjà tous dans le domaine. J’y ai fait la connaissance d’une dame qui travaillait pour la compagnie Infrastructel et qui m’a informé des besoins de la compagnie. Je lui ai donné mon CV et, deux semaines plus tard, je recevais un appel pour une entrevue… puis obtenais un poste d’inspecteur en urbanisme et environnement!

Avenues.ca: Quelles sont vos tâches en tant qu’inspecteur en urbanisme et environnement?

L.M.: Je travaille à Rigaud sur le projet pilote appelé Bureau rétablissement inondations, en lien avec les inondations de 2019. Je dois faire toutes sortes d’inspections en rapport avec les maisons qui ont été abîmées par l’eau. Je dois aussi entrer en contact avec les citoyens affectés par les inondations. Je ne suis pas toujours super bien accueilli, mais heureusement, mon expérience de vie me permet de bien gérer ces situations délicates.

Avenues.ca: Ce changement de carrière a-t-il affecté vos revenus annuels?

L.M.: Oui. J’ai connu une baisse de salaire d’environ 30%. Mais pour l’instant, ça va. Je suis payé pour apprendre, d’une certaine façon. Je gagne en expérience et je sais que je suis capable de faire plus, donc je garde l’œil ouvert pour le futur.

Avenues.ca: Malgré cette baisse de salaire, êtes-vous satisfait d’avoir fait ce grand changement?

L.M.: Oui. J’aime beaucoup l’urbanisme et il y a beaucoup d’avenues qui pourraient s’ouvrir à moi. Je n’ai plus la liberté que j’avais en tant que travailleur autonome, mais j’ai maintenant des revenus qui entrent régulièrement. Il y a de bons et de mauvais côtés à toute chose!

Avenues.ca: Pour finir, avez-vous un conseil à donner aux personnes qui, comme vous, songent à faire un changement de carrière?

L.M.: Faire preuve de souplesse et être prêt à faire des compromis. Aucun emploi n’est parfait, mais si on aime 80% des tâches, je pense que ça vaut le coup.