Photo: Rawpixel
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20 novembre 2018Auteure : Emilie Laperrière

Marché du travail: sommes-nous prêts à miser sur les 50 ans et plus?

Le Québec connait une importante pénurie de main-d’œuvre. Plus de 100 000 postes sont à pourvoir en ce moment dans la province. Une partie de la solution passe par un groupe encore trop souvent négligé: les travailleurs expérimentés. Retour sur le tout premier forum qui vient de leur être consacré.

Le 13 novembre dernier, plus de 100 personnes se sont rassemblées à Montréal dans le cadre du forum Marché du travail: sommes-nous prêts à miser sur les 50 ans et plus?. Organisé par l’Association québécoise de gérontologie (AQG) et la FADOQ - Région île de Montréal, l’événement visait «à susciter la réflexion concernant l’embauche et le maintien en emploi des travailleurs plus âgés», explique Aneth Sin de la FADOQ - Région île de Montréal. Ce forum – le premier d’une série de forums régionaux – marquait également le lancement de la campagne de sensibilisation La compétence n’a pas d’âge, sur la valeur et l’apport de la main-d’œuvre expérimentée, menée par l’AQG.

Parmi les participants au forum, des représentants du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, du Conseil du patronat du Québec, de divers comités sectoriels de main-d’œuvre, de syndicats et d’organismes en employabilité.

Retraite: de nouvelles réalités

La retraite ne signifie plus nécessairement la fin du parcours professionnel. Plusieurs souhaitent continuer à être actifs, à mettre à profit leurs compétences et à travailler après 55, 65 ou même 75 ans. Mais se trouver un emploi à cet âge relève parfois de l’exploit.

Étonnant constat, quand on sait que «1,1 million de personnes vont quitter le marché du travail d’ici 2022», a souligné Jean Lortie, secrétaire général de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), lors du panel Le Québec est-il prêt à investir dans l’embauche et le maintien en emploi de la main-d’œuvre vieillissante?. 

La province doit trouver rapidement des solutions pour faire face à la pénurie. Les stratégies ne sont pas légion: l’immigration sélective, l’investissement dans les technologies (comme l’automatisation) et la valorisation de la formation technique et professionnelle font partie de la poignée de mesures possibles. Les entreprises ont donc tout intérêt à se tourner vers les travailleurs expérimentés.

Des freins à l’emploi

Quelques raisons expliquent l’accueil timide réservé à ce bassin de main-d’œuvre. On assiste par exemple actuellement à une dégradation des conditions de travail en raison du manque de personnel. «La pression est énorme. Pour atteindre leurs objectifs avec une équipe réduite, les entreprises offrent moins de congés, des horaires moins flexibles, etc. Ce sont des conditions qui ne conviennent pas aux employés plus âgés. On n’a souvent pas non plus les ressources pour les garder», estime Jean Lortie.

Le coût du recrutement freine l’embauche de candidats de 50 ans et plus par les organisations. «Les entreprises croient qu’il est plus rentable de former un employé de 25 ans qu’un de 65, puisqu’il restera en théorie plus longtemps, souligne l’économiste Pierre Fortin. Pourtant, la main-d’œuvre plus jeune s’avère plus instable et moins fidèle à un employeur.»

Les atouts des 50 ans et plus

Pour Diane-Gabrielle Tremblay, professeure en gestion des ressources humaines à l’École des sciences administratives de l’Université TÉLUQ, compter des salariés plus âgés dans son équipe comporte de nombreux avantages. Ceux-ci sont une mine de connaissances, qu’ils peuvent transmettre à leurs collègues. «Ils ont des idées différentes, de l’expérience et un point de vue à apporter. Une équipe plus diversifiée hausse la créativité et soude davantage ses membres.»

La professeure propose notamment de faire valoir les histoires à succès. «Il y a des palmarès des 30 meilleurs en bas de 30 ans, pourquoi n’en ferait-on pas pour les gens de 50 ans et plus?»

Plus terre-à-terre, Pierre Fortin croit pour sa part que l’État devrait revoir la relation entre le bel âge et la fiscalité. Il croit que la taxation du revenu doit être revue pour encourager les têtes grises à continuer de travailler, et permettre aux compagnies de leur offrir plus de flexibilité dans leur travail et plus de temps partiel, tout en évitant que le fisc réclame une bonne partie de leurs gains. 

De nouveaux outils

Pour faire le pont entre les employeurs et les travailleurs d’expérience, le Réseau FADOQ* a mis sur pied la plateforme web maindoeuvre50plus.com. Depuis le lancement en 2016, plus de 5500 candidats et plus de 900 employeurs ont utilisé le service, qui est offert dans toutes les régions du Québec. Le site web fera d’ailleurs l’objet d’une refonte pour faciliter encore plus le lien entre les chercheurs d’emploi de 50 ans et plus et les employeurs à la recherche de main-d’œuvre expérimentée.

Outre sa campagne de sensibilisation, l’AQG a également lancé lors du forum le programme Générations au travail, réussir ensemble!. Ce dernier propose une trousse, disponible gratuitement en ligne, pour outiller les entreprises dans la mise en place de mesures pour favoriser l’embauche, le maintien et le retour en emploi des 50 ans et plus. L’Association espère convaincre au moins 120 employeurs d’implanter ce genre de pratiques. Plusieurs entreprises sont d’ailleurs déjà inscrites.

Ces outils ne régleront pas à eux seuls le manque de main-d’œuvre ni les préjugés envers les travailleurs de 50 ans et plus. C’est néanmoins un pas dans la bonne direction. Reste à espérer des actions politiques concrètes – et à l’échelle provinciale – pour favoriser l’emploi des 50 et plus, en phase avec les besoins du marché et ceux de la population vieillissante.

* NDLR: Le Réseau FADOQ est propriétaire d’Avenues.ca.