un séjour kayak-randonnée dans les fjords du nord de la Norvège qui permet d’accéder à un territoire de marche vraiment sauvage sans souci de se perdre. Photo: Anne Pélouas
un séjour kayak-randonnée dans les fjords du nord de la Norvège qui permet d’accéder à un territoire de marche vraiment sauvage sans souci de se perdre. Photo: Anne Pélouas
9 août 2018Auteure : Anne Pélouas

Randonnée hors sentiers dans les fjords norvégiens

200 kilomètres au nord du cercle polaire arctique: la côte déchiquetée de la Norvège est verte à souhait sous l’effet du Gulf Stream. Et bleue tout autant, avec des fjords à perte de vue qui pénètrent profondément dans les terres. Sur les rives se dressent de hautes montagnes qui semblent inatteignables…

Sortir des sentiers battus

C’est en kayak de mer dans trois fjords de la région d’Ofoten (département du Nordland) qu’on approche le mieux quelques-uns de ces sommets aux allures de châteaux forts imprenables. On campe à leurs pieds pour faciliter les ascensions. La Norvège autorise presque partout le camping sauvage au nom du «droit» de tous à la nature. Celle-ci n’est toutefois pas si facile d’accès, car les pentes des fjords sont souvent abruptes, les sources d’eau douce relativement rares et les sentiers quasiment inexistants.

Marcher en montagne en dehors de sentiers balisés est une expérience emballante. Mieux vaut toutefois être fort en carte et boussole (ou GPS) pour le faire en autonomie complète. Sinon, l’idéal est de suivre un guide connaissant bien son «terrain» de jeu! La compagnie française Allibert Trekking (dont le Québécois Karavaniers fait partie) propose ainsi un séjour kayak-randonnée dans les fjords du nord de la Norvège qui permet d’accéder à un territoire de marche vraiment sauvage sans souci de se perdre.

un séjour kayak-randonnée dans les fjords du nord de la Norvège qui permet d’accéder à un territoire de marche vraiment sauvage sans souci de se perdre. Photo: Anne Pélouas
Un séjour kayak-randonnée dans les fjords du nord de la Norvège permet d’accéder à un territoire de marche vraiment sauvage. Photo: Anne Pélouas

Au pays des Samis et des rennes

Vestfjord est un immense bras de mer entre la côte norvégienne et les îles Lofoten dans lequel se jettent de nombreux autres fjords. En kayak, nous quittons l’un d’eux, Efjord, au nord, pour contourner une péninsule donnant sur Vestfjord. Elle est dominée par un imposant massif de granit blanc que nous découvrirons à pied le lendemain.

Il faudra quatre heures de montée soutenue pour «avaler» les 665 mètres de dénivelé de Teppkiltind. On marche d’abord en forêt, de plus en plus clairsemée, puis sur du lichen souvent spongieux, avant d’aboutir sur de grandes dalles de granit poncé par l’action des glaciers et que l’on suit parfois sur toute leur longueur. Certaines portent les traces de la présence ancienne d’éleveurs samis (lapons) avec des pétroglyphes d’ours et de marsouins.

À l’approche du col de Buskardet, le son d’une clochette attire l’œil vers un troupeau de rennes qui prennent le frais dans un névé. Une dernière arête et nous voici au sommet surplombant les falaises, avec un panorama à couper le souffle: des fjords sinueux et des montagnes aux formes inusitées à perte de vue.

Vue du sommet de Teppkiltinden. Photo: Anne Pélouas
Vue du sommet de Teppkiltinden. Photo: Anne Pélouas

Pleins feux sur «l’enclume des dieux» 

En se glissant deux jours plus tard en kayak au fond de Stefjord, petit bras de mer du profond Tysfjord, Stetind se dressait déjà sous nos yeux lors d’une rare journée sans brume pour envelopper cette montagne mythique. Surnommée «l’enclume des dieux», elle est l’un des emblèmes de la Norvège et un paradis pour les alpinistes. En forme d’obélisque, la montagne se dresse jusqu’à 1392 mètres de haut, avec un sommet quasiment coupé à l’horizontale. Magique, surtout vu d’un autre sommet!

Nous grimpons justement à l’assaut de Kobbenestind: 826 mètres à partir du niveau de la mer, par étages. Un premier plateau surgit, après 400 mètres de montée quasiment à la verticale sur un sentier tracé dans une forêt de bouleaux rabougris traversant des zones de tourbières. On sort sur des dalles longilignes qui servent de chemin, alternant avec des tapis de lichen aux couleurs chatoyantes.

À l’assaut de Kobbenestind, vue sur les fjords. Photo: Anne Pélouas
À l’assaut de Kobbenestind, vue sur les fjords. Photo: Anne Pélouas

En montant encore, l’univers devient plus minéral, avec des saules nains, seuls vestiges végétaux pour nous accompagner. Un nouveau haut plateau rocailleux et nous sommes presque au sommet de la muraille qui semblait si redoutable vue d’en bas. Et quel spectacle nous attend: Stetind, dans toute sa splendeur minérale, avec sa robe longue plongeant dans le fjord et son cou sans tête; les îles Lofoten au loin, et toujours cette mer sans fin de fjords et de montagnes! 

Vue imprenable sur Stetind, montagne mythique de Norvège. Photo: Anne Pélouas
Vue imprenable sur Stetind, montagne mythique de Norvège. Photo: Anne Pélouas

Parterre de fleurs alpines

Quittant Stefjord en kayak pour contourner un peu plus au sud une autre péninsule de Tysfjord, c’est du fond d’une crique au pied du massif Lifjellet que nous partirons un autre jour marcher sur les pentes de Kjelkvikjellet, puis encore plus haut. Bien tracé au début, le sentier se perd dès la sortie d’une forêt de bouleaux. De nouvelles dalles de granit, qui peuvent être très glissantes mouillées, font office de chemin. Dans les zones où pousse le lichen, de jolies fleurs, dont des orchidées sauvages roses et jaunes, agrémentent le parcours.

La marche en lacets nous mène sur deux plateaux rocailleux successifs, entrecoupés d’une petite vallée. Le minéral reprend ses aises jusqu’à la crête menant au sommet. Du haut de ses 850 mètres, la montagne nous offre une nouvelle vue panoramique incroyable: la baie de Skred aux fonds translucides, l’anse Kobbvika, où nous campons, le déroulé des plateaux granitiques sur lesquels nous venons de monter et toujours ce dédale de fjords et de sommets majestueux jusqu’à l’horizon. Quel privilège d’avoir pu en explorer quelques-uns!

Baignade dans un lac d’altitude. Photo: Anne Pélouas
Baignade dans un lac d’altitude. Photo: Anne Pélouas

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