Photo: Louis Caron, Facebook Arbora Griffintown
Photo: Louis Caron, Facebook Arbora Griffintown
27 novembre 2018Auteure : Emilie Laperrière

Le retour du bois en architecture

Le futur sentira peut-être le pin. Après avoir été délaissé pendant plusieurs années, principalement au profit du béton, le bois revient en force en architecture. Les innovations récentes en font un choix durable, solide et polyvalent, qui pourrait même répondre au réchauffement climatique.

Quand on pense à la ville de demain, la vision que nous en avons semble souvent sortir tout droit d’un film de science-fiction où les tours en béton font de l’ombre à un univers déjà passablement gris. La réalité pourrait toutefois être toute autre.

Le terme «lamellé-croisé» vous dit-il quelque chose? On doit son invention au professeur d’ingénierie Gerhard Schickhofer, qui a eu l’idée de construire un panneau massif composé de couches de planches croisées à 90 degrés et collées entre elles.

Ce contreplaqué sur les stéroïdes, que l’on appelle communément CLT, s’est bâti une solide réputation parmi les constructeurs. Et pour cause. Il est léger, résistant aux secousses sismiques et au feu (plus encore que l’acier), renouvelable et écologique. Comme il peut être préfabriqué, il accélère également les travaux. Sans oublier qu’il réduit les gaz à effets de serre, contrairement au béton, qui lui, en ajoute.

Voici trois projets pour illustrer cette tendance lourde.

Tour W350

Si tout se déroule selon les plans, Tokyo pourra se targuer d’abriter la plus haute tour en bois du monde. Conçu par la firme Sumitomo Forestry, l’immeuble s’élèvera à 350 mètres au-dessus de la capitale nippone. On retrouvera des logements, un hôtel, des bureaux et des boutiques dans ce gratte-ciel de 70 étages.

La structure sera composée à 90% de bois, alors que le reste sera en acier. L’intérieur sera aussi réalisé en bois. Des terrasses vertes orneront de leur côté la façade jusqu’au sommet. Au total, 185 000 m3 de bois seront requis. Selon la compagnie, l’édifice fixera l’équivalent de 100 000 tonnes de CO2. Le tout pour la coquette somme de près de 7 milliards $ (600 milliards de yens). L’entreprise a encore le temps de peaufiner son œuvre, puisqu’elle souhaite ériger la tour l’année de ses 350 ans… en 2041.

Photo: Sumitomo Forestry Co., Ltd.
Tokyo pourra se targuer d’abriter la plus haute tour en bois du monde... en 2041! Photo: Sumitomo Forestry Co., Ltd.

Longhouse

Le bois peut aussi être un sujet d’étude. Des étudiants de l’Institut technologique du Massachusetts (MIT) ont réalisé un prototype pour démontrer que le bois peut être utilisé même dans les bâtiments de grande envergure.

L’espace de co-travail de 7618 mètres carrés est construit tout en longueur et peut servir pour des cours, des expositions ou des rencontres sociales. La structure se compose d’une série de hautes arches en lamellé-collé, avec un toit pointu. La position des arches, bien réfléchie, renforce la structure de l’immeuble. La conception plissée du toit permet d’accueillir des panneaux solaires et des fenêtres, tant pour le chauffage solaire passif que pour l’éclairage naturel.

Les montagnes hollandaises

La compétition semble forte en matière de construction en bois. Si le Japon veut ravir le titre de la plus haute tour, les Pays-Bas aimeraient mettre la main sur celui du plus grand bâtiment. Le plat pays devrait compter d’ici quelques années une imposante montagne verte à Veldhoven. Poussé par un grand consortium, le bâtiment abritera plusieurs bureaux et espaces de travail, ainsi que des salles de conférence.

Le complexe de 8175 mètres carrés sera entièrement autonome et travaillera en circuits fermés pour l’eau, l’énergie, les déchets et les matériaux. Le bâtiment sera couvert de végétation, des toits verts au vaste parc qui l’entoure. Le bâtiment pourra en outre évoluer en permanence, grâce à l’implantation des dernières technologies permettant d’accroître l’efficacité du bâtiment. Par exemple, si un nouveau modèle de façade plus performant devient disponible sur le marché, la façade actuelle sera remplacée puis recyclée.

Photo: Studio Marco Vermeulen
Les Pays-Bas aimeraient construire le plus grand bâtiment en bois. Photo: Studio Marco Vermeulen

Et au Québec?

Il faudra patienter avant de voir un immeuble de cette envergure sortir de terre au Québec. Le Code du bâtiment permet seulement de construire des bâtiments de six étages ou moins en bois, mais il est néanmoins possible d’obtenir une autorisation pour construire jusqu’à douze étages.

Ça ne veut pas dire que les immeubles en bois sont absents dans la Belle Province. Dans le quartier Griffintown de Montréal, Arbora pourrait notamment devenir le plus important complexe résidentiel et commercial construit en bois massif CLT au monde. À terme, il comptera plus de 400 unités réparties dans deux immeubles de huit étages.

À voir les projets se multiplier, le bois est promis à un bel avenir.

Photo: Louis Caron, Facebook Arbora Griffintown
Dans Griffintown, à Montréal, Arbora pourrait devenir le plus important complexe résidentiel et commercial construit en bois massif CLT au monde. Photo: Louis Caron, Facebook Arbora Griffintown