Photo: Philippe Du Berger, Flickr
Photo: Philippe Du Berger, Flickr
30 janvier 2018Auteure : Julie Chaumont

À la rescousse des maisons «shoebox» de Montréal!

Depuis la publication d’une demi-douzaine de demandes de démolition pour des propriétés de type «shoebox» dans l’arrondissement Rosemont–La-Petite-Patrie, Héritage Montréal se dit préoccupé par le sort de ces petites maisons typiquement montréalaises. Tour d’horizon des préoccupations et visite de quelques-unes de ces habitations.

Les maisons «shoebox», témoignage de l’histoire de Montréal

Les «shoebox» (boîtes à chaussures) sont de petites maisons unifamiliales dispersées ici et là dans différents quartiers de Montréal. La plupart d’entre elles ont été construites au début du 20e siècle. Elles logeaient les familles d’ouvriers et témoignent de l’essor industriel de la ville.

«La maison "shoebox" est toujours en bois, fabriquée en gros madriers de bois, pièce sur pièce, à la façon rurale et enveloppée de briques à la façon urbaine pour protéger contre le feu», explique David Hanna, professeur associé au département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), dans un reportage diffusé sur les ondes de Radio-Canada.

On ne connaît pas le nombre exact de maisons de type «shoebox» à Montréal, mais il semblerait que l’arrondissement Rosemont–La-Petite-Patrie en compterait à lui seul plusieurs centaines.

Photo: Philippe Du Berger, Flickr
Photo: Philippe Du Berger, Flickr

Un intérêt patrimonial menacé

Au cours des dernières années, plusieurs maisons de type «shoebox» ont été démolies. On les remplace la plupart du temps par des immeubles de condos. Un investissement rentable pour les promoteurs immobiliers.

C’est d’ailleurs cette situation qui inquiète Héritage Montréal. «Héritage Montréal souhaite que la Ville mette en place un régime intérimaire de protection afin de permettre aux experts d’effectuer l’inventaire des propriétés de type "shoebox" sur l’ensemble du territoire et de réfléchir à des modalités de protection de ces maisons emblématiques d’une période importante de l’histoire de Montréal», peut-on lire sur le site de l’organisme.

Les «shoebox» ne sont effectivement pas protégées spécifiquement par un règlement municipal. Bien sûr, les propriétaires en désirant la démolition doivent fournir des explications et des justifications, mais Héritage Montréal s’inquiète de les voir disparaître. «Même si ce n’est pas de la grande architecture, ces maisons comportent un intérêt patrimonial, souligne David B. Hanna dans un article du journal Métro. Elles représentent l’affranchissement de la classe ouvrière à la fin du 19e siècle, qui était désormais libre d’acheter un petit lopin de terre.»

Photo: Philippe Du Berger, Flickr
Photo: Philippe Du Berger, Flickr

Restaurer ou démolir? 

Si on veut préserver les «shoebox», il faut d’abord qu’elles soient en bon état. Or, certaines sont dans un état lamentable, voire carrément laissées à l’abandon. Il devient alors difficile de les restaurer, autant techniquement que financièrement. Il est effectivement parfois plus économique de tout raser et de recommencer.

L’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et la Fédération Histoire Québec proposent, dans une lettre ouverte, de mettre sur pied un programme d’aide pour la mise à niveau de ces modestes habitations. «Les Shoebox constituent une valeur ajoutée pour les couples et les familles qui n’ont pas accès aux condos et copropriétés. Plus accessibles, elles offrent des avantages inestimables: indépendance, accessibilité, son chez-soi, sa cour, son jardin en ville. En somme, ces maisons devraient même avoir accès à un programme d’aide pour leur mise à niveau quand cela est possible. Elles représentent une fierté du passé ouvrier qu’on a tendance à cacher ou à négliger encore une fois.»

Un équilibre entre la modernité et le passé doit sans doute être trouvé.

Photo: Philippe Du Berger, Flickr
Photo: Philippe Du Berger, Flickr

Une transformation réussie

Cette «shoebox» de la rue Alma, dans la Petite-Italie, a été revue et corrigée par Paul Bernier Architecte en 2015. Afin de répondre à la demande des clients, des parents de deux jeunes enfants, un ajout a été fait sur le toit de la maison d’origine. Celui-ci ne s’avance pas jusqu’à la façade d’origine, laissant ainsi à cette dernière la prestance qui lui est due. «La petite maison d’origine est ainsi mise en valeur, non pas en cherchant à l’imiter mais plutôt en y juxtaposant, en arrière-plan, une intervention contemporaine et épurée qui marque clairement deux époques d’intervention», peut-on lire sur le site de l’architecte. L’espace ainsi créé a permis d’aménager une terrasse pour la chambre des parents.

Photo: ©Adrien Williams, paulbernier.com
Photo: ©Adrien Williams, paulbernier.com

Combien pour une «shoebox»?

Vous aimeriez devenir propriétaire d’une «shoebox»? Selon nos recherches, le prix moyen de ces petites maisons unifamiliales, lorsqu'elles n'ont pas été agrandies, varie entre 250 000$ et 450 000$, selon son emplacement et les rénovations qui y ont été faites. En se promenant sur Centris, on avoue avoir eu un coup de cœur pour celle-ci, dont les poutres d’origine ont été conservées au plafond.

Photo: capture d'écran, Centris
Photo: capture d'écran, Centris

Pour en savoir plus

Trois histoires de «shoe boxes»

Isabelle Audet

19 novembre 2014

LaPresse.ca

Ces irréductibles boîtes à chaussures

Dominic Ménard-Bilodeau

24 février 2017

Découvrez Villeray

Album photos «shoeboxhouse»

Philippe Du Berger

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