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26 mai 2015Auteur : Dominique Lamy

Finances publiques

Hydro-Québec : privatiser pour mieux s’appauvrir!

N'importe quelle mesure budgétaire semble désormais appropriée pour équilibrer les finances gouvernementales. Certains proposent ainsi de privatiser Hydro-Québec ou la Société des Alcools du Québec, c'est selon. Un peu comme si le retour du soleil vous suggérait de couper les plus belles fleurs de votre jardin.

Ces deux sociétés d'État sont certaines des vaches à lait de notre gouvernement. Elles retournent, annuellement, des sommes astronomiques à leur unique actionnaire sous forme de dividendes. Ces derniers - une ristourne sur la rentabilité, en quelque sorte - sont évidemment mis à contribution pour non seulement renflouer les coffres à sec du gouvernement, mais pour payer les services dont, nous Québécois, sommes heureux de bénéficier.

Des experts tels que Luc Godbout et Claude Montmarquette ont suggéré notamment par le passé de vendre, partiellement ou en totalité, un petit morceau d'Hydro-Québec. Le débat ne date pas d'hier. Récemment, le ministre Pierre Arcand s'est refusé de nier le scénario de privatisation de la société d'État. Qui plus est, une privatisation partielle d'Hydro One est prévue en Ontario. L'idée semble donc vouloir faire son bout de chemin.

Des actionnaires privés pourraient donc s'approprier 10 % d'une société d'État, pendant que le gouvernement verrait son actionnariat réduit à 90 %. Ce dernier encaisserait effectivement un joli magot à la complétion d'une telle opération financière, mais il n'en demeure pas moins qu'il se priverait d'autant de sa quote-part aux bénéfices et ce, année après année. Or, la santé des finances publiques semble tributaire de ces revenus récurrents. Pour son exercice 2014-2015, Québec s'attend ainsi à recevoir 1,02 milliards $ en dividendes de la SAQ. «Le gouvernement recevra encore plus», affirmait même récemment le président et chef de la direction de la société d'État, Alain Brunet.

Un spécialiste de la gouvernance des sociétés publiques et privées démontre d'ailleurs le non-sens de ce type d'ingénierie financière. La vente de 10 % d'Hydro-Québec et d'une même proportion de la SAQ pourrait rapporter 3 milliards $ et 2 milliards $ respectivement, permettant de réduire la dette d'autant,  dette dont l'intérêt est à 3,5 %. Par contre, le gouvernement du Québec se priverait ainsi de 10 % du dividende versé par ces deux sociétés, soit l'équivalent de 300 millions $ en revenus annuels, représentant 6 % du 5 milliards $ récoltés par l'opération! La question peut se poser différemment : seriez-vous disposé à vous priver d'un rendement net de 6 % sur vos placements dans l'objectif d'économiser 3,5 % en intérêts sur votre endettement?

L'idée de transformer Hydro-Québec en une société privée à capital ouvert et cotée en Bourse semble s'appuyer sur le mythe que les entreprises privées sont automatiquement mieux gérées que les entreprises publiques. Hum! Lors de la dernière crise économique, des banques américaines et des constructeurs automobiles ont eu besoin d'un coup de pouce des finances publiques pour traverser la tempête...

Au-delà des chiffres

Dans le livre intitulé «Pour une gauche à gauche : critique des propositions sociales et linguistiques de Jean-François Lisée», l'auteur Pierre Dubuc résume d'ailleurs dix raisons supplémentaires d'être contre la privatisation d'Hydro-Québec. Et le débat est beaucoup plus large qu'une simple colonne de chiffres...

Nos ancêtres ont travaillé d'arrache-pied pour construire l'institution qu'est devenue, aujourd'hui, Hydro-Québec. D'Adélard Godbout en 1939 à René Lévesque - ministre responsable du dossier de l'électricité après l'élection de Jean Lesage en 1962 - la nationalisation de l'électricité avait pour thème le leitmotiv «Maître chez nous». Il y avait alors une véritable vision d'avenir, une mobilisation générale digne des plus grandes révolutions.

Aujourd'hui, alors que les chandelles sont reléguées aux oubliettes et que les petits fournisseurs d'électricité d'avant comme la Montreal Light, Heat and Power (MLH&P) font partie de l'histoire ancienne, certains souhaitent mettre la hache dans notre reluisante poule aux oeufs d'or. Tant d'efforts pour une réussite collective, que l'on souhaite désormais monnayer au nom d'une incapacité à équilibrer judicieusement un budget. Or, la privatisation de l'une ou l'autre des sociétés d'États - à plus forte raison celle d'Hydro-Québec - représente un risque non-négligeable pour les finances publiques.

 


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