La chronique Voyage de Marie-Julie Gagnon

Auteur(e)
Photo: Mélanie Crête

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@mariejuliega sur X et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

Et si on voyageait davantage en Afrique?

En 2016, le continent africain a connu une hausse du nombre de touristes, rapporte Le Monde. L’Organisation mondiale du tourisme croit même que le nombre de visiteurs – 57,8 millions en 2016 – pourrait doubler d’ici 2030.



C’est déjà 4,4 millions de touristes supplémentaires qu’a vu défiler le continent par rapport à 2015. Maintenant que l’épidémie d’Ebola, qui a surtout sévi en Guinée, au Liberia et au Sierra Leone, et que les attaques djihadistes du Maghreb semblent loin derrière, les touristes seraient-ils prêts à explorer ce continent méconnu? Outre de meilleures conditions sanitaires et sécuritaires, quelles sont les raisons qui poussent les voyageurs vers l’Afrique, au point qu’on envisage que leur nombre sera de 134 millions dans moins d’une quinzaine d’années?

D’abord, la question des visas. L’Afrique du Sud a connu une augmentation de 13% des arrivées internationales en 2016, après que l’obtention du visa eut été simplifiée. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) pointe également de meilleures liaisons aériennes et maritimes dans certains pays, notamment à Madagascar, au Cap-Vert, sur l’île Maurice et aux Seychelles, qui ont connu des hausses respectives du nombre d’arrivées internationales de 20%, de 15%, de 11% et de 10%. Avec des augmentations de 17 et 16%, le Kenya et la Tanzanie continuent de s’imposer parmi les destinations phares du continent.

Afrique 2.0

Fait intéressant, la technologie pourrait aussi donner un coup de pouce au tourisme en Afrique, souligne Quartz, repris par Courrier international. Le site d’information économique piloté par le groupe de l’hebdomadaire The Atlantic met en lumière trois projets: Tastemakers Africa, Hip Africa et Visiter l’Afrique.

Leur point commun: chacun a été créé par de jeunes entrepreneurs issus de la diaspora et cherche à se démarquer de l’offre touristique classique. Les slogans de Tastemakers Africa donnent le ton: «Rencontrez les gens, voyez les lieux ensuite», «Découvrez l’Afrique au-delà des safaris», «Changez l’histoire»…

Seul site en français du lot, Visiter l’Afrique est une plateforme collaborative lancée par une Franco-Camerounaise. On peut y lire autant des récits d’habitants que des carnets de voyage. Leur compte Instagram compte plus de 100 000 abonnés. Ici aussi, l’objectif est clair: raconter l’Afrique autrement, loin des clichés.

Photo: Facebook Tastemakersafrica
Photo: Facebook Tastemakersafrica

La montée du Rwanda

Vous l’avez peut-être remarqué dans les médias et sur les réseaux sociaux, le Rwanda pique de plus en plus la curiosité des voyageurs, «en misant sur le haut de gamme et le tourisme d’affaires», précise Le Monde. Ne rend toutefois pas visite aux gorilles, attractions phare du pays, qui veut, puisque le tarif a doublé et s’élève désormais à 1500$ par personne.

Troisième au classement de l’Association internationale des congrès et conférences pour le tourisme d’affaires en Afrique derrière l’Afrique du Sud et le Maroc, le pays intrigue aussi à cause de son histoire récente. Le tourisme de mémoire aide à mieux comprendre le génocide et les plaies encore vives, mais mieux vaut avoir le cœur solidement accroché pour visiter certains lieux.

Paysage du Rwanda. Photo: Adam Cohn, Flickr
Paysage du Rwanda. Photo: Adam Cohn, Flickr

Et les autres destinations de l’Afrique de l’Ouest?

Un de mes tout premiers voyages au long court a été au Burkina Faso à la fin des années 1990. Par la suite ont suivi le Mali, le Sénégal et, plus récemment, la Tanzanie. Lors de mes premiers séjours, je me rappelle avoir trouvé ardue l’organisation de la moindre petite expédition. Les prix m’avaient également fait sursauter. Cheap, voyager en Afrique? Beaucoup moins qu’on pourrait le croire!

Alors que je me prépare à retourner au Sénégal pour la troisième fois, je constate que les options sont aujourd’hui beaucoup plus nombreuses. Le web facilite l’accès à l’information. Des plateformes comme Village Monde permettent de repérer et réserver des hébergements, autant en auberge que chez l’habitant. Je découvre des initiatives comme Keur Yakar, non loin de Dakar, complexe qui comprend une école ainsi qu’un hôtel et un restaurant ouverts au public. Ainsi, les voyageurs côtoient les jeunes en formation et ceux-ci acquièrent une réelle expérience de travail.

La variété d’hébergements proposés m’apparaît aussi plus importante, sans doute, encore une fois, parce que j’ai accès à toute l’info au bout du clavier. Sur Trivago, on me propose 579 hôtels à Dakar!

Dans les autres pays de l’Ouest, les initiatives se multiplient aussi. Désertée par les touristes après plus d’une décennie d’instabilité politique, la Côte d’Ivoire connaît un important essor économique. Présente au salon du tourisme Top Resa, qui se tient actuellement à Paris, la destination compte bien convaincre les touristes de revenir goûter à son hospitalité et à sa température clémente toute l’année.

Même la Mauritanie se relève tranquillement! Radio France Internationale (RFI) rapportait récemment que huit voyagistes français y proposent à nouveau des randonnées et des treks. La destination avait été délaissée à la suite du meurtre de quatre touristes français il y a une dizaine d’années. La Tribune Afrique titrait quant à elle, à la mi-septembre: «Tourisme: la Mauritanie à nouveau fréquentable?» «Les autorités mauritaniennes espèrent que ce retour annoncé des touristes français va créer un effet d’entraînement pour les voyageurs d’autres nationalités», pouvait-on lire dans l’article.

La sécurité reste sans doute le plus grand bémol de plusieurs destinations africaines, encore plus que la crainte des maladies. Il suffit de consulter la section Conseils aux voyageurs et avertissements du gouvernement du Canada – souvent alarmiste, mais tout de même pertinente – pour voir son niveau de stress monter d’un cran. Dans le cas de la Mauritanie par exemple, on recommande d’éviter tout voyage non essentiel. Pour le Sénégal, on conseille de faire preuve d’une grande prudence. Mais on dit la même chose à propos de la Belgique, de la France et du Mexique… Oui, tout est relatif.