La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

9 février 2018

Velours, le doux de doux de Katherine Levac

Au Québec, ce ne sont pas les humoristes qui manquent. Je pourrais vous parler d’un nouveau spectacle d’humour toutes les semaines, mais je préfère varier les plaisirs. Pas possible cependant de résister à l’invitation de Katherine Levac, qui offrait jeudi la première montréalaise de son spectacle Velours dans l’immense Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

J’avais très envie de l’entendre plus longtemps que la durée d’un sketch à SNL ou d’une réplique à Like-moi! Bien m’en prit, car j’ai gloussé de bonheur toute la soirée, pendant qu’il neigeait à plein ciel dehors et que les Montréalais tempêtaient contre cette nouvelle chute de neige.

Photo: Marianne Plaisance
Photo: Marianne Plaisance

Les atouts de Katherine Levac

Il y a deux choses qui m’attirent chez Katherine Levac: ses origines franco-ontariennes et sa fausse ingénuité.

J’adore cette façon qu’elle a de dire des énormités avec un visage d’ange, fendu d’un sourire naïf. J’aime aussi l’entendre parler avec l’accent franco-ontarien. Étant natif de Hull, ville québécoise voisine d’Ottawa, des jokes sur Luce Dufault, l’Université d’Ottawa, la cruise en milieu bilingue, ça me parle et me fait rigoler, surtout dans la langue du coin.

Pour ça, j’aurais aimé plus de ses personnages de SNL et Like-moi!, surtout l’exubérante Paige Beaulieu, mais Katherine Levac a décidé de s’affranchir et d’aller ailleurs et c’est probablement tant mieux. Dans ce premier spectacle de sa carrière solo, c’est elle qui triomphe parce que pratiquement tous les gags qu'elle nous mitraille sont inspirés de sa vie. Les textes, écrits en collaboration avec David Beaucage (excellent en première partie) et Thomas Levac sous la supervision de Marc Brunet, sont finement travaillés, toujours punchés. Elle ressasse avec beaucoup d’autodérision son enfance à la campagne dans l’Est ontarien, son éducation dans une école digne des Filles de Caleb, les camps pastoraux qu’elle était obligée de fréquenter. Elle n’hésite pas non plus à s’ouvrir sur les surprises que le Québec lui a réservées lorsqu’elle a décidé de s’y établir. «C’est bien beau une carte soleil, dit-elle, mais en Ontario, nous autres on a des médecins!» Quant au débat sur la souveraineté qu’on ressasse sans cesse, elle s’en sauve en disant que «la souveraineté, c’est comme Michèle Richard, j’ai pas connu ça quand c’était hot

Elle sait être aussi cinglante pour son ancien patelin. «C’est difficile d’être fan des Sénateurs d’Ottawa. Personne t’aime. Mais pire que ça, personne t’haït! En plus, les Sens jouent même pas à Ottawa. Ils jouent à Kanata, une ville de douchebags. C’est comme si le Centre Bell était installé à Boisbriand.»

Photo: Marianne Plaisance
Photo: Marianne Plaisance

Un spectacle doux, pour tous

Toutes ces répliques sont dites sans avoir l’air d’y toucher. Une main de fer dans un gant de velours. C’est succulent!

Mine de rien, à travers ses anecdotes, l’humoriste a un contenu qui porte à réfléchir. Elle nous parle de sujets universels, comme la famille, l’éducation des enfants, la préservation de la langue française, la place des femmes, les tourments de l’âge.

À 28 ans, Katherine Levac est une digne représentante de la génération Y, génération qui a le malheur de ne pas avoir de malheur. Son spectacle offre une excellente radioscopie de ce groupe né entre 1980 et 2000, toujours en quête de quelque chose. Ils se reconnaîtront dans le portrait qu’elle fait d’eux, et pour les autres qui ont, comme moi, l’âge d’être leurs parents, on rit de leur tendance à vouloir se mettre dans le «trouble», à changer constamment de disciplines à l’école ou à insister pour grimper le Machu Picchu au Pérou.

Même si la salle était remplie de Y, je n’ai jamais eu l’impression d’être exclu de leur alphabet. Cette génération-là nous aime. Katherine Levac se révèle aussi inclusive que Louis-José Houde. Comme lui, elle parle de son père, sa mère, sa grand-mère. Elle pousse même une chanson en hommage à la femme de 64 ans. Grinçante bien sûr!

«64 ans, c’est le prime time de la vie. Tu manques de calcium, mais t’as un solarium. Quand il fait chaud, t’as très très chaud. Et quand il fait froid… t’as encore chaud.»

Depuis l’émission Rock Velours de Sonia Benezra, personne n’a revendiqué de façon aussi judicieuse l’usage du mot velours. Oui, le spectacle Velours est doux, et en ce sens, il répond à un besoin. La preuve, 75 000 billets ont déjà été écoulés. Pour emprunter au vocabulaire franco-ontarien, ça regarde bien pour Katherine Levac. Faites sûr de ne pas manquer son show parce que c’est ben nice.