La chronique Culture

Auteur(e)

Claudia Larochelle

Claudia Larochelle est auteure (Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps, Les îles Canaries, Je veux une maison faite de sorties de secours - Réflexions sur la vie et l'oeuvre de Nelly Arcan, La doudou qui ne sentait pas bon, etc.) et journaliste indépendante spécialisée en culture et société. Elle a animé pendant quatre saisons l'émission LIRE sur ICI ARTV et elle reprend le flambeau en animant le webmagazine LIRE, dont le club de lecture en ligne compte plusieurs milliers d'abonnés. Elle est chroniqueuse sur ICI Radio-Canada radio et télé, entre autres à l'émission Marina Orsini et les vendredis en direct avec Patrice Roy au TJ 18h. On peut la suivre sur Facebook et Twitter : @clolarochelle.

13 septembre 2018

Gros automne, grands littéraires

Pendant que la scène culturelle s’obstine à savoir si le dernier film de Xavier Dolan, présenté à Toronto, est bon ou pas tant que ça, réjouissons-nous que quelques-uns de nos écrivains québécois s’illustrent en France, notamment les huit présents au Festival America, dont les mots sont à l’honneur dans le métro de Paris jusqu’au 17 octobre.

Depuis 2001, tous les deux ans, en septembre, cet événement majeur se déroule à Vincennes, près de Paris, et réunit des artistes nord-américains des domaines littéraire, cinématographique et musical. Qui? Qui? Qui sont les heureux littéraires? Il s’agit de Dany Laferrière, Naomi Fontaine, Anaïs Barbeau-Lavalette, David Goudreault, Alexandre Mc Cabe, Guillaume Morissette, Heather O’Neill et Éric Plamondon.

Quant à l’écrivaine chouchou Kim Thúy, elle compte peut-être les dodos jusqu’au 12 octobre, alors que sera dévoilé le nom du lauréat du «Nouveau Prix de littérature 2018», créé exceptionnellement cette année et dont elle fait partie des quatre finalistes. Tadam! Les grands Haruki Murakami du Japon, Neil Gaiman de Grande-Bretagne et Maryse Condé de la Guadeloupe figurent à ses côtés sur cette courte liste où apparaissaient d’abord les noms de 47 auteurs des quatre coins du monde. C’est épatant, épatant, épatant, d’autant plus que ce prix est assorti d’une bourse d’un million de couronnes suédoises (140 000$) et qu’il peut être considéré comme le Nobel, disons plutôt le «Nobel alternatif», puisqu’il a été créé pour combler le vide laissé par la prestigieuse Académie suédoise, qui décerne le Nobel et qui a annoncé ne pas remettre le prix cette année… Au printemps dernier, trop de membres de l’Académie, chargée d’attribuer la précieuse récompense au lauréat, avaient démissionné en bloc après que le mari d’une des leurs eut été accusé d’agressions sexuelles sur au moins dix-huit femmes et aurait, pour en rajouter, divulgué les noms des futurs prix Nobel… Son procès est prévu le 18 septembre.

Photo: Facebook Kim Thúy
L'écrivaine Kim Thúy fait partie des quatre finalistes pour le «Nouveau Prix de littérature 2018». Photo: Facebook Kim Thúy

Je souhaite sincèrement ce prix à Kim Thúy (qui, elle, est persuadée de ne pas l’obtenir, selon ce qu’elle a mentionné lors d’une entrevue accordée à Plus on est de fous plus on lit sur ICI Première), non seulement parce qu’elle a du talent, mais aussi parce qu’elle est sincèrement une bonne et grande humaine qui a su rester humble, sans jamais avoir la grosse tête, comme certaines vedettes de cinéma et leur entourage qui ont fait la vie dure à des journalistes cette semaine, par exemple à ma collègue Catherine Beauchamp du Tapis Rose et du 98,5 FM, qui a dénoncé sur son compte Facebook le traitement méprisant réservé aux représentants de la presse sur le tapis rouge du Toronto International Film Festival (TIFF). J’ai aussi souvenir d’une comédienne québécoise qui, il y a quelques années, avait traité haut et fort les journalistes et photographes de «mouettes» en marge d’une première de film… Fin de l’anecdote.

Québécoise d’adoption qui a fait mille métiers, mère de famille, dont d’un enfant autiste, Kim Thúy est représentative d’un Québec moderne ouvert sur le monde, sensible et passionné. Parce que passionnée, elle l’est, en plus d’avoir une franchise désarmante qui fait de ses entrevues médiatiques, dont celles qu’elle a souvent accordées à avenues.ca, des bijoux qui changent de l’habituelle cassette que certains proposent. Québécoise par excellence, Kim Thúy offre à ses lecteurs une œuvre «nobelisable» par son universalité en décrivant la pensée, le cœur et le ventre d’une humanité en mutation avec une clairvoyance digne des plus grands.

Chez nous, ces «plus grands» ont la plupart du temps été des «grandes» puisqu’avant elle, en 2013, la Canadienne Alice Munro avait elle aussi retenu l’attention des Suédois. Tellement que la talentueuse nouvelliste est jusqu’à maintenant la seule au pays à avoir remporté le prix Nobel de littérature. Au rayon des prix européens prestigieux, notons le Goncourt, dont le gagnant sera dévoilé le 7 novembre, et qui a été remporté en 1979 par l’Acadienne Antonine Maillet pour Pélagie-la-Charrette. Du Canada, Gabrielle Roy, Anne Hébert et Nancy Huston ont quant à elles reçu le prix Femina, respectivement en 1947, 1982 et 2006 pour Bonheur d’occasion, Les fous de Bassan et Lignes de faille. L’Immortel Dany Laferrière a pour sa part obtenu le Médicis en 2009 pour L’énigme du retour. Que de chemin parcouru à l’international depuis les percées de Félix et les traductions de Tremblay!

Je craque pour… (et je pleure)

Rachid Taha, décédé à Paris le 12 septembre d’une crise cardiaque. Il avait 59 ans. Taha et sa manière d’enflammer l’Hexagone, puis le monde entier avec ses racines algériennes, Taha et son supplément d’âme reconnu partout, Taha et sa passion engagée, Taha et sa manière d’animer tellement de fêtes, d’anniversaires, de festivals, de mariages… parce que Taha chantait l’amour avec un cœur si grand qu’il a fini par exploser. Taha, je vous écouterai longtemps, comme des milliers d’autres fans.

Photo: Facebook Rachid Taha officiel
Photo: Facebook Rachid Taha officiel