La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

16 février 2018

Michel Campeau au Musée McCord: la photo à l’époque où on disait cheese

Vous souvenez-vous du temps, pas si lointain, des caméras Instamatic? On disait cheese pour s’imprimer un sourire au visage et on se croisait les doigts pour que la photo soit bonne. Le Musée McCord nous ramène à cette époque avec sa toute nouvelle exposition Michel Campeau - Avant le numérique à l’affiche jusqu’au 6 mai.

Ce voyage dans le temps, on le fait en compagnie du photographe montréalais Michel Campeau. Le musée pensait qu’à 70 ans cet artiste méritait qu’on lui consacre enfin une rétrospective, mais le principal intéressé a plutôt souhaité qu’on présente ses projets récents, dans lesquels le thème de la photographie est omniprésent et abordé sous des angles aussi différents qu’étonnants.

Coup d'oeil sur l'exposition Michel Campeau au Musée McCord. Photo: Claude Deschênes
Coup d’œil sur l'exposition Michel Campeau au Musée McCord. Photo: Claude Deschênes

Des photos souvenirs du temps de l’argentique

Il y a quelque chose de l’album souvenir dans l’exposition de Michel Campeau.

Pour le projet La chambre noire, il a photographié aux quatre coins du monde différentes incarnations de chambres noires avant que ces lieux, où s’opèrent le miracle du tirage argentique, ne disparaissent à jamais.

«Il ne reste qu’un seul laboratoire à Montréal, dit-il, et à peine une dizaine de chambres noires. Sans nostalgie, je me suis fait le mémorialiste d’une époque.»

Michel Campeau au Musée McCord. Photo: Claude Deschênes
Michel Campeau au Musée McCord. Photo: Claude Deschênes

Dans le même esprit, il immortalise quelques beaux objets de la collection du photographe Bruce Anderson. Appareil photo, flash, posemètre, y’a pas à dire, dans l’œil de Michel Campeau, les outils du photographe sont très photogéniques.

Photo: Claude Deschênes
Dans l’œil de Michel Campeau, les outils du photographe sont très photogéniques. Photo: Claude Deschênes

Dans une autre salle, il nous propose un gros plan sur un rouleau de film 35 mm ou l’agrandissement d’une diapo Kodachrome avec son cadre rouge. Ça pourrait être banal, mais là encore, la photo se révèle un rempart contre l’oubli.

Agrandissement d’une diapo Kodachrome. Photo: Claude Deschênes
Agrandissement d’une diapo Kodachrome. Photo: Claude Deschênes

Le 8e art semble être une inspiration inépuisable. À partir des couleurs des lampes de la chambre noire, l’artiste créera une série de tableaux monochromes. Entre ses mains, une photo avec des yeux rouges qu’on aurait détruite est récupérée pour en faire un diptyque digne du pop art.

Avec Michel Campeau, une photo avec des yeux rouges est récupérée pour en faire un diptyque digne du pop art. Photo: Claude Deschênes
Avec Michel Campeau, une photo avec des yeux rouges est récupérée pour en faire un diptyque digne du pop art. Photo: Claude Deschênes

Un regard porté sur les autres

Ce qu’il y a de très particulier dans la démarche de Michel Campeau, c’est qu’il n’hésite pas à exposer des photographies qui ne sont pas de lui.

«Mon regard est porté sur le regard des autres. Déjà, en 1999, j’avais fait un projet dans lequel j’avais distribué des appareils jetables aux gens de mon entourage pour qu’ils m’alimentent en photos.»

À l’ère du numérique, sa démarche consiste maintenant à acheter des photographies et des diapositives anonymes sur eBay et à jouer un rôle de conservateur.

«L’écran de mon ordinateur devient ma planche contact. Les photos que je choisis deviennent une vision qui m’appartient.»

Vous ne serez pas surpris de retrouver dans sa sélection des images de gens qui ont à cœur la photo. Cette démarche est aussi une façon de faire l’éloge de la photographie amateur et de sauver de la dilapidation des trésors abandonnés.

Coup d'oeil sur l'exposition Michel Campeau au Musée McCord. Photo: Claude Deschênes
Coup d’œil sur l'exposition Michel Campeau au Musée McCord. Photo: Claude Deschênes

Trouver un alter ego sur eBay

C’est le cas de la collection d’un certain Rudolph Edse, professeur en aéronautique d’origine allemande vivant aux États-Unis. Pour Michel Campeau, la façon dont ce photographe amateur a documenté l’histoire de sa vie avec sa femme et ses enfants dans les années 50 constitue une leçon sur l’art d’être en famille.

«Edse, je le porte aux nues. C’est un grand amateur.»

Les photographies de Rudoph Edse. Photo: Claude Deschênes
Les photographies de Rudoph Edse. Photo: Claude Deschênes

Michel Campeau va jusqu’à dire qu’il voit un alter ego dans cet homme qu’il n’a pourtant fréquenté qu’à travers ses photos.

«Je me suis reconnu, c’est mon double.»

Les photos de Rudolph Edse font même l’objet d’un livre, publié par le Musée McCord, que Michel Campeau a intitulé Une autobiographie involontaire. Dans quelques jours, la fille de Rudolph Edse, aujourd’hui âgée de plus de 70 ans, viendra d’ailleurs des États-Unis pour voir ce que sont devenues ces photos familiales entre les mains de l’artiste montréalais.

En quittant cette exposition surprenante, on ne peut faire autrement que penser à tous les trésors qui dorment dans nos tiroirs, à la fois témoignage d’une technologie disparue et gardien de nos souvenirs. Y’a beaucoup de vie dans une photo…


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