La chronique Culture

Auteur(e)

Claudia Larochelle

Claudia Larochelle est auteure (Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps, Les îles Canaries, Je veux une maison faite de sorties de secours - Réflexions sur la vie et l'oeuvre de Nelly Arcan, La doudou qui ne sentait pas bon, etc.) et journaliste indépendante spécialisée en culture et société. Elle a animé pendant quatre saisons l'émission LIRE sur ICI ARTV et elle reprend le flambeau en animant le webmagazine LIRE, dont le club de lecture en ligne compte plusieurs milliers d'abonnés. Elle est chroniqueuse sur ICI Radio-Canada radio et télé, entre autres à l'émission Marina Orsini et les vendredis en direct avec Patrice Roy au TJ 18h. On peut la suivre sur Facebook et Twitter : @clolarochelle.

15 mars 2018

Le clitoris prend la vedette!

 

Le mot circule peu... comme une gêne... Certains et certaines le trouvent carrément laid. L'objet en lui-même est d'ailleurs encore mal connu, tantôt auréolé de mystère, tantôt d'opprobre... Mais ce mot, qu'on a même hésité à la rédaction à mettre dans un titre, ce mot, il faudra pourtant bien l'apprivoiser, car si on a pu quasiment le taire pendant des siècles, voici qu'il s'impose, qu’il sort du placard. Clitoris. Ça y est, le mot est lâché!

Autant s’habituer parce qu’il risque d’être de plus en plus présent dans la sphère culturelle, réhabilité enfin, à en croire le nombre de parutions et d’articles qui lui sont consacrés ces derniers mois, enfin honoré à sa juste valeur. Beau pied de nez à toutes ces fois où on a détourné le sujet, notamment dans Citizen Kane d’Orson Wells, où l’expression «bouton de rose» y faisait référence sans que ce soit clair. Même à leur création en 1996, les fabuleux Monologues du vagin d’Eve Ensler en faisaient parfois mention, mais très vite, sans s’y consacrer exclusivement.

«Si les hommes avaient un clitoris, on l’aurait étudié et mesuré depuis des lustres. On en aurait fait des concours, des dessins sur les murs des cégeps, des pourriels alléchants de techniques pour l’agrandir et des pilules magiques pour le faire durcir en cas d’impuissance», signent Alexandra Hubin et Caroline Michel, respectivement sexologue et journaliste française, dans l’introduction de leur épatant essai Le clitoris – La vérité mise à nue, disponible au Québec à compter du 21 mars aux éditions Édito.

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«Alors que le pénis de l’homme est décrit en détail dans les atlas et manuels d’anatomie humaine, le clitoris demeure une curiosité. En 1948 encore, l’atlas d’anatomie renommé qu’est le Gray’s Anatomy avait choisi de ne pas mettre de nom sur le clitoris. Le monde de la médecine sous domination masculine n’a pas non plus manifesté de grand intérêt pour une exploration plus poussée du clitoris», notent pour leur part les Norvégiennes Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl, un duo brillant d’étudiantes en médecine de l’Université d’Oslo, qui viennent de faire paraître Les joies d’en bas: tout sur le sexe féminin (éditions Actes Sud), dans lequel elles consacrent entre autres – et dans une excellente traduction du norvégien – quelques passages au clitoris.

Pour en finir avec les mutilations

Deux ans avant «l’omission» du Gray’s Anatomy, en 1946, dans la Revue française de psychanalyse, l’auteure et psychanalyste Marie Bonaparte écrivait ceci: «Les hommes se sentent menacés par ce qui aurait une apparence phallique chez la femme, c’est pourquoi ils insistent pour que le clitoris soit enlevé.» Bonaparte faisait référence à l’excision, qui demeure malheureusement encore effective dans certaines cultures. J’ose croire qu’en le rendant moins tabou, par sa diffusion à travers la culture notamment, les mutilations génitales des femmes appartiendront à l’Histoire.

Vivement donc la re-découverte du clitoris, parce qu’en plus, dit-on, même en 2018, on ne le connaît toujours pas, jamais autant que son homologue le pénis, qui lui, est bien plus «tape-à-l’œil». L’expression est des auteures, mais je l’adopte en souvenir de cette soirée entre ami.e.s. durant laquelle, en jouant à un jeu de questions de culture générale dans un bar, on avait adopté «les phallus» comme nom d’équipe (je sais…), rejetant «les clitoris», mon idée, qui mettait tout le monde mal à l’aise, y compris les filles! «Clitoris, c’est ben trop laitte comme mot», s’était exclamée l’une d’elles.

Terre inconnue

Combien dans le groupe auraient pu décrire la complexité inconnue de cet organe? Trop peu. «Ce petit bouton n’est que le sommet de l’iceberg! Dans les ombres du bas-ventre se cache un organe qui dépasse l’entendement, expliquent Brochmann et Stokken Dahl. Le gland est la seule partie visible du clitoris. Puis vient le corps du clitoris qui descend vers l’intérieur en formant un coude comme un boomerang, avant de se séparer en deux piliers reposant de part et d’autre du sexe, enfouis sous les lèvres génitales», poursuivent-elles.

Vivement donc cette «démocratisation» du clitoris dans la littérature comme au cinéma, alors que de plus en plus de scènes – en dehors de la pornographie – le mettent à l’honneur de manière ludique ou sérieuse, mais avec un certain raffinement. Si on ne le voit pas en gros plan, on le devine très certainement. Pensons à l’étonnement qu’il suscite chez l’une des héroïnes du récent film Princess Cyd de Stephen Cone. Une œuvre à voir pour plein de raisons autres que cette «apologie» clitoridienne.  

Ces dernières années, chez nous, le bédéiste Jimmy Beaulieu (À la faveur de la nuit, Comédie sentimentale pornographique, Le temps des siestes) est d’ailleurs passé maître dans l’art d’illustrer le plaisir des femmes, ainsi que leurs organes, avec respect et beauté. Il est probablement un des rares à l’avoir fait avec autant d’audace et de vérité, sans se censurer.

Parlant de censure, on attend d’ailleurs dans les prochains jours le verdict de la cour d’appel de Paris concernant la censure par Facebook, en 2011, sur le compte d’un internaute, d’une photo du tableau L’Origine du monde de Courbet, qui représente un sexe féminin.

L’égalité des sexes en culture, c’est aussi ne pas cacher le clitoris, le confondre, l’abroger, le réduire à des surnoms ou le garder dans l’ombre du pénis. Le clitoris est une vedette. De plus en plus. Laissons-le chanter dans la joie et l’allégresse, ça fera une autre bataille de gagnée.

Je craque pour…

La troisième saison de Broadchurch, de la chaine britannique ITV

C’est désormais officiel, la troisième saison de Broadchurch, récemment apparue sur Netflix, sera la dernière de la série, à mon grand désarroi, puisque j’adorais les intrigues créées par Chris Chibnall et mettant en vedette David Tennant et Olivia Colman dans les rôles d’enquêteur.i.c.e.s. Dans cet ultime chapitre, c’est une mère célibataire dans la cinquantaine, récemment séparée, qui est victime d’une agression sexuelle lors de l’anniversaire d’une bonne amie. La population du Dorset est sur le qui-vive et c’est avec une minutie particulière que les forces de l’ordre doivent traiter cette étrange affaire qui donne des frissons dans le dos. Une histoire bien interprétée qui, malgré un léger manque de cohérence dans la manière de mener l’enquête, pourrait se produire près de chez nous…


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