La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

3 novembre 2017

Haute joaillerie Édéenne: un bijou d’exposition

Je suis sous le charme. Moi qui ne suis pas un gars de bijoux, j’ai été ébloui par le travail d’Édéenne, une joaillière d’origine québécoise reconnue internationalement, mais qui expose pour la première fois dans la ville qui l’a vue naître. Édéenne est la seule Canadienne à faire de la haute joaillerie dans le monde. Sa maison est établie à Paris depuis bientôt 15 ans, voisine des vénérables bijouteries Cartier, Mellerio, Van Cleef & Arpels.

Édéenne, le personnage

Commençons par l’histoire d’Édéenne, qui est aussi fascinante que ses bijoux. Après des études en physique et en histoire de l’art, la jeune Montréalaise se retrouve à Paris, où elle poursuit ses études, en cinéma cette fois. Sa connaissance et sa passion pour le 7e art l’amènent à travailler au musée Pompidou, au ministère français des Affaires étrangères, de même que dans une société de production de films. Suivra une période où elle se transforme en coach de patrons d’entreprise. Mais, à la faveur d’une excursion de plongée sous-marine qui aurait pu mal tourner, sa vie prend une autre direction. À la vue de galets qui miroitent au fond du lac Majeur, elle sent l’appel de la gemmologie. À 45 ans, elle se réinvente en se consacrant à l’apprentissage de la science des pierres précieuses. Son brevet obtenu, elle devient joaillière. Une nouvelle vie commence avec désormais pour se définir le seul prénom d’Édéenne, cher à sa grand-mère.

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Photo: Pierre Choinière

Édéenne, la maison

Pour Édéenne, l’essentiel c’est d’être au plus près de ses désirs profonds d’épanouissement et de réalisations. Elle fonde donc sa maison de haute joaillerie en 2003. Se faire une place dans ce monde d’hommes et de traditions n’est pas gagné d’avance, mais elle est Québécoise, ce qu’elle considère comme un atout. Elle ne s’embarrasse pas des conventions et sa façon innovante de créer des bijoux lui confère un statut unique. «Nous, les Québécois, nous sommes inventifs, créatifs, flyés! On est reconnu pour se démarquer», dit-elle. En effet, rapidement le milieu parle d’elle comme d’une nouvelle légende. En 2009, le musée de la Légion d’honneur à Paris lui fait l’honneur d’une exposition. L’institution récidive en 2011 pour une seconde présentation de ses œuvres. En 2013, consécration: la maison Mellerio lui commande une collection pour marquer le 400e anniversaire de sa fondation. Ce sera ensuite au tour de la chaîne de luxe Lane Crawford de Hong Kong de cogner à la porte de son atelier de la rue de la Paix, situé à deux pas de la place Vendôme.

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Photo: Pierre Choinière

La joaillière-conteuse

La joaillière ne produit pas que pour les grandes maisons. Elle réalise des bijoux personnalisés pour des clients de partout à travers le monde. Si Édéenne laisse aller son imagination pour les commandes plus institutionnelles, s’inspirant par exemple du cinéma ou des saisons, c’est tout le contraire pour les commandes privées. «Chaque personne est exclusive», dit-elle. Pour arriver à témoigner de ce qu’il y a d’exceptionnel chez son client, elle le fait parler de sa vie, de ses amours, de ses ambitions; elle traduit ensuite ces confidences à sa manière en agençant pierres et métaux précieux. «J’appelle ça des portraits joyaux», résume-t-elle. Il n’y a pas de limites dans sa fabrication. Si la bague, le collier ou le diadème doivent s’ouvrir ou bouger pour raconter l’histoire, elle invente une technique pour y arriver. Ses bijoux, qui sont des sculptures miniatures, souvent articulées, se regardent comme si c’était un petit film.

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Photo: Pierre Choinière

Pour s’assurer que le visiteur qui ira admirer son travail saisisse l’histoire que raconte chacune de ses œuvres, l’artiste impose une visite accompagnée. Les guides, des amies à elle qu’elle appelle ses anges gardiens, prennent le relais de la créatrice, pour qui la valeur des choses se mesure à l’aulne des émotions qu’on partage.

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Photo: Pierre Choinière

Comme dans une voûte

Autre particularité de cette présentation, la salle est plongée dans le noir. C’est au visiteur, à qui on prête une lampe de poche, de faire apparaître les bijoux dans l’obscurité. Le parcours se fait dans une réplique du plus ancien coffre-fort de la Banque de Montréal, commanditaire de cet événement offert gratuitement dans le cadre des festivités du 200e anniversaire de sa fondation.

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Photo: Pierre Choinière

L’exposition compte 160 pièces, dont plus de la moitié ont été prêtées par les clients d’Édéenne. Vous avez jusqu’au 16 novembre pour faire la connaissance de cette femme hors du commun et vous laisser émouvoir par ses sculptures joaillières qui n’ont pas d’équivalent dans le monde. Un bijou d’exposition présenté dans les nouveaux locaux des Grands Ballets canadiens, rue De Bleury, à Montréal, un lieu également à découvrir.

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Photo: Pierre Choinière

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