La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

13 septembre 2017

Que faire quand survient une catastrophe naturelle?

Son nom est sur toutes les lèvres. Depuis quelques jours, «Irma» ne rappelle plus spontanément un personnage incarné au cinéma par Shirley MacLaine, mais bien l’un des ouragans les plus dévastateurs de l’histoire. «Irma l’ouragan» est bien loin d’Irma la douce

Comme vous, j’ai suivi en direct l’évolution de ce cauchemar. La partie française de Saint-Martin détruite à 95%. Le Malecón, à La Havane, complètement inondé. Les cayos coupés du monde. La confusion pour rapatrier les voyageurs. Les avions et les bateaux de croisière acheminant de l’aide humanitaire et rapatriant les sinistrés.

Malgré les reporters vacillants dans la tempête et les images catastrophes, il reste difficile pour nous d’évaluer l’ampleur réelle des dégâts. Certaines destinations qui vivent essentiellement du tourisme mettront des mois avant de pouvoir accueillir les touristes à nouveau.

On peut ne pas partager la même vision du monde que ces vacanciers à qui l’on a tendu le micro sans retenue au cours des derniers jours, une chose demeure: le tourisme est le gagne-pain d’une bonne partie des populations touchées. Ce sont surtout vers ces travailleurs et leurs familles que mes pensées se tournent depuis quelques jours. Il ne s’agit pas seulement de remettre des maisons debout: il leur faudra aussi rebâtir leur vie.

Du jamais vu

Que pouvons-nous faire, à notre échelle, pour donner un coup de pouce? À part un don par l’entremise de différents organismes comme la Croix-Rouge et rester conscient de notre chance, très peu, malheureusement.

Bien que nos problèmes de vacanciers douillets puissent paraître bien futiles à côté de ce que vivent les populations locales, plusieurs se demandent comment réagir quand on se retrouve pris au cœur d’une telle tourmente.

Certains voyagistes et compagnies aériennes ont des politiques très claires en ce qui concerne les ouragans. C’est le cas de Transat, qui en mentionne les détails sur son site Web. Sunquest et WestJet permettent également aux clients «de reporter leurs vacances, de changer de destination ou d’obtenir un remboursement sous forme de crédit-voyage si leur destination est menacée ou vient d’être frappée par un ouragan», rapporte La Presse. Vacances Air Canada et Sunwing proposent pour leur part une «protection tempête» pour 49$.

Photo: Antti Lipponen, Flirckr
Photo: Antti Lipponen, Flirckr

Que faire en cas d’urgence?

J’ai passé un coup de fil à la directrice de l’ACTA (Association canadienne des agences de voyages), Manon Martel, pour savoir quelles sont les meilleures stratégies à adopter quand on se retrouve dans une telle situation.

Comme tous ses collègues, Mme Martel est débordée d’appels en ce moment. «En 35 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça.» Elle rappelle que lors d’une catastrophe naturelle, hors du contrôle de tout le monde, les compagnies aériennes comme les voyagistes et les agents de voyages ne peuvent être tenus responsables de quoi que ce soit. «C’est très bien indiqué dans les brochures», dit-elle. Dans le cas d’Irma, cependant, «l’industrie s’est vraiment mobilisée», estime-t-elle.

Certaines histoires laissent toutefois un goût amer, comme celle de cette dame qui a voulu annuler son voyage et qui n’a pu le faire, rapportée par Stéphanie Grammond dans La Presse. Résultat: elle a dû débourser 2000$ pour revenir deux jours après son arrivée.

Dans le même article, la journaliste évoque les assurances voyage, qui ne couvrent pas toutes les mêmes frais, ainsi que le Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages (FICAV), pour les voyageurs ayant acheté leur forfait avec un agent détenant un permis délivré par l’Office de la protection du consommateur (OPC). Là encore, même si «l’OPC a l’intention d’être aussi généreux que la réglementation le lui permet», selon Charles Tanguay, porte-parole de l’OPC, les cas seront examinés un par un. En clair: mieux vaut faire affaire avec un agent de voyages pour espérer obtenir le maximum de couverture et lire tout, tout, tout, même les petits caractères, mais une foule de détails peuvent influencer le cours des choses.

Photo: DFID - UK Department for International Development, Flickr
Photo: DFID - UK Department for International Development, Flickr

S’informer avant le départ

On a vu, au cours des derniers jours, les gens pointer dans toutes les directions pour trouver des coupables, mais n’oublions pas l’essentiel: chaque voyageur a la responsabilité de s’informer adéquatement. Se tenir au courant de l’actualité reste primordial.

Bien que souvent trop alarmistes, les Conseils aux voyageurs et avertissements émis par le gouvernement du Canada demeurent essentiels. Au moment de rédiger ces lignes, la mention «éviter tout voyage» se retrouve à côté de pays qui font habituellement rêver: Bahamas, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Anguilla, Porto Rico… L’onglet «Catastrophes naturelles et climat» renvoie aussi au National Hurricane Center (en anglais) pour plus de détails sur les conditions météorologiques.

Quelques conseils de sécurité de base devraient également toujours revenir sur votre liste de choses à faire avant le départ. Pensez notamment à remplir le formulaire du gouvernement du Canada pour l’Inscription des Canadiens à l’étranger. Gratuit, ce service permet d’être avisé en cas de catastrophe naturelle ou de troubles civils (encore faut-il pouvoir être joint, direz-vous!). Tentez aussi de tenir vos proches au courant de vos déplacements et prévoyez une trousse de premiers soins.

Dans le cas d’une catastrophe naturelle comme Irma, l’agent de voyages, qui recueille constamment les dernières informations disponibles auprès des voyagistes, pourra tenter de venir en aide à son client. Toutefois, de nombreux facteurs peuvent compliquer la suite: la capacité de l’aéroport où l’on se trouve, les directives gouvernementales, etc.

Sans céder à la panique, prendre les choses trop à la légère pourrait par ailleurs compromettre la sécurité. «Les gens doivent agir de manière responsable, insiste Mme Martel. C’est une situation d’urgence. Il est important d’écouter les indications du représentant à destination ou du tour opérateur. Par exemple, si l’on demande de se présenter pour prendre l’autobus et qu’il a du retard, ce n’est pas le moment d’aller prendre une bière ailleurs en attendant. On n’a pas le temps de courir partout pour vous chercher!»

Voyager cet hiver

Si vous faites partie de ceux ayant réservé des forfaits vacances dans l’une des destinations touchées, trois options s’offrent à vous, selon la situation: un changement de dates, un changement de destination ou un remboursement. «C’est vraiment du cas par cas, dit Mme Martel. En ce moment, on a les informations au jour le jour pour les départs du lendemain.»

Si vous prévoyiez aller du côté de Saint-Martin cet hiver, mieux vaut tout de suite penser à un plan B. «À Saint-Martin, il faut oublier ça, confirme Manon Martel. Il faut tout reconstruire. Il n’y a pas d’électricité, tout comme aux îles Turks-et-Caicos. À Cuba, la route qui traverse la mer pour se rendre à Cayo Santa Maria est détruite à 10 endroits. En ce moment, la nourriture ne peut pas se rendre par voie terrestre. Des aéroports sont fermés. La priorité pour ces destinations est de reconstruire les infrastructures. Avant de penser à reconstruire les hôtels, il faut rétablir les communautés. Il n’y a plus d’hôpitaux, de pompiers ou même d’eau!»

Des destinations épargnées

Dans ma boîte de courriels, les communiqués de presse affluent. «Les destinations touristiques de la République dominicaine poursuivent leurs opérations», titrait l’un d’eux, ajoutant que l’ouragan est passé sans causer de dommage. À Haïti, même si les ravages ont été beaucoup moins importants que prévu, près de 8000 familles ont été déclarées sinistrées.

D’autres destinations prisées des vacanciers qui n’étaient pas sur la trajectoire d’Irma: «Mexique, Martinique, Guadeloupe, Jamaïque, Honduras, Costa Rica, Aruba… Il va par contre falloir s’attendre à des prix plus dispendieux», croit Manon Martel.

La phrase d’introduction de la section consacrée au Programme de protection en cas d’ouragan de Club Med prend une tout autre dimension aujourd’hui. «Si jamais, par un malheur peu probable, votre séjour est perturbé par un ouragan, vous êtes protégés par notre Programme de protection en cas d’ouragan.» Non, «peu probable» ne veut pas dire impossible.

Je vous laisse avec cette phrase tirée du site du gouvernement du Canada: «La décision de voyager relève de vous seul. C’est également à vous seul qu’il incombe de veiller à votre sécurité personnelle à l’étranger. Le gouvernement du Canada prend très au sérieux la sécurité des Canadiens à l’étranger et diffuse des renseignements fiables et à jour dans ses Conseils aux voyageurs. Les présents Conseils aux voyageurs ont pour but de vous fournir des renseignements à jour afin que vous puissiez prendre des décisions éclairées. Dans le cas d’une urgence à grande échelle, tous les efforts seront faits pour vous aider. La capacité du gouvernement du Canada d’offrir de l’aide peut cependant être restreinte.» À méditer.


Pour en savoir plus

10 conseils pour partir en voyage l'esprit (plus) tranquille

Marie-Julie Gagnon

19 avril 2016

Avenues.ca

Irma. Les consommateurs voguent dans le flou

Stéphanie Grammond

12 septembre 2017

La Presse

La bureaucratie au temps des catastrophe

Ariane Krol

12 septembre 2017

La Presse

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