La chronique Culture

Auteur(e)
Photo: Martine Doucet

Claude Deschênes

Claude Deschênes a travaillé à la radio et à la télévision de Radio-Canada pendant 33 ans, principalement à couvrir la scène culturelle pour le Téléjournal et le Réseau de l’information (RDI). On le retrouve maintenant à France 2 comme collaborateur de l’émission Télématin. Il continue aussi de partager son intérêt pour la culture et les arts sur différentes plateformes. On peut suivre ses reportages sur le blogue claudedeschenes.ca. Il a aussi publié sur le site d’actualité Huffington Post Québec et dans différentes publications de la presse écrite. Claude Deschênes agit aussi comme animateur et porte-parole d’événements ainsi que conférencier, notamment dans le réseau des universités du troisième âge.

6 octobre 2017

Coup de cœur pour Denise Filiatrault

Il y a exactement un an, je me joignais à la formidable équipe d’avenues.ca en remplacement de Claudia Larochelle, partie en congé de maternité. Vous l’avez constaté, Claudia a repris son poste depuis quelques semaines et, je vous l’annonce: à mon grand bonheur, on m’a gardé une place. Ainsi, je pourrai continuer de partager mes coups de cœur avec vous.

Cette semaine, j’ai fait le choix de vous parler du livre Quand t’es née pour un p’tit pain de Denise Filiatrault et Danièle Lorain paru chez Libre Expression. S’il y a quelqu’un au Québec qui a une histoire à raconter, c’est bien Denise Filiatrault. Cette femme est un monstre sacré. Des concours d’amateurs à CKVL pendant la Deuxième Guerre à son grand rôle dans le film C’est le cœur qui meurt en dernier, c’est plus de 70 ans de métier à la fois durement acquis au début, chichement payé pendant longtemps, mais aussi historiquement marquant et solennellement reconnu.

Lire l’autobiographie de Denise Filiatrault convie à la réminiscence, car les vedettes font partie de nos vies. En parcourant les pages, j’ai réalisé à quel point elle a été présente dans la mienne. En plus de la ressemblance avec ma tante Gertrude, j’ai des souvenirs télévisuels d’elle qui sont prégnants: Les belles histoires des pays d’en haut, Moi et l’autre, les Bye Bye. Je me souviens aussi de la révélation que j’ai eue en la voyant briller sur scène dans Demain matin, Montréal m’attend et Les belles-sœurs, et que dire de son magnétisme au cinéma (La mort d’un bûcheron, Il était une fois dans l’Est)! Quel plaisir de se remémorer tout ça, avec elle comme narratrice!

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Plus tard, lorsqu’elle est devenue une prolifique metteure en scène et une réalisatrice de films populaires, ma fonction de journaliste culturel m’a amené à commenter son travail. Oui, j’en conviens, j’ai été pas mal toujours admiratif. En fait, comment ne pas l’être devant un bourreau de travail doté d’une telle connaissance du métier et du public? Malheureusement, le livre passe vite sur ces années glorieuses au Théâtre Juste pour rire et au Rideau Vert.

Ma grande surprise en lisant ce récit, c’est de constater combien le succès a été long à venir, à quel point elle a travaillé fort pour se tailler une place. On est bien loin des idoles instantanées d’aujourd’hui, qu’elle met en garde d’ailleurs contre les mirages de la gloire facilement acquise. Pas étonnant qu’elle fût si convaincante dans son interprétation de la Complainte de Lola Lee dans Demain matin, Montréal m’attend, dont on trouve cet extrait en exergue: «Tu fermes les yeux pis tu y vas. Il faut que tu grimpes, il faut que t’avances. Pis si t’es fatigué r’pose toé pas! Parce que là, t’as pus une maudite chance.»

Denise Filiatrault ne se plaint pas. Son livre est plutôt une suite d’anecdotes où l’autodérision est souvent au rendez-vous. Dans sa vie privée, la «Grand Jaune» s’est beaucoup épivardée. Ses histoires d’amour sont rocambolesques et ses escapades dans le monde de la restauration ont quelque chose de consternant. D’ailleurs, elle se bat la coulpe, admet ses erreurs de parcours, y va d’excuses, mais aussi de quelques règlements de compte. On reste parfois sur notre faim, car on aurait voulu qu’elle développe davantage par exemple sur sa relation avec Dominique Michel, l’autre du célèbre tandem Moi et l’autre. Mais il semble qu’on ne change pas une marque de commerce. Pas de «diguidi haha»: avec sa fille, Denise Filiatrault a accouché d’un ouvrage qui a du punch, du timing et qui se lit frénétiquement.


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