La chronique Partir

Auteur(e)

Marie-Julie Gagnon

Auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marie-Julie Gagnon se définit d’abord comme une exploratrice. Accro aux réseaux sociaux (@technomade sur Twitter et Instagram), elle collabore à de nombreux médias depuis une vingtaine d’années et tient le blogue Taxi-brousse depuis 2008. Certains voyagent pour voir le monde, elle, c’est d’abord pour le «ressentir» (et, accessoirement, goûter tous les desserts au chocolat qui croisent sa route).

5 septembre 2018

Airbnb a 10 ans!

2008. Des sites de location d’appartements et de maisons comme HomeAway et VRBO connaissent de plus en plus de succès, mais ce n’est rien à comparer au raz-de-marée que s’apprête à déclencher Airbnb. En quelques années, la start-up basée à San Francisco imposera non seulement une nouvelle manière de voyager, mais aussi un nouveau modèle économique reposant sur le partage.

L’idée de base est simple: permettre à M. et Mme Tout-le-Monde de louer sa maison ou son appartement pendant ses vacances. Pour le voyageur à la recherche d’expériences authentiques, c’est l’occasion de vivre comme les locaux.

En mettant en place un outil simple qui agit comme entremetteur, c’est une petite révolution qu’Airbnb met en branle. Combien de vacanciers affirmeront, au cours des années suivantes, qu’il leur aurait été impossible de voyager autant sans ce site?

En 10 ans,
En 10 ans, Airbnb a révolutionner l'industrie du voyage. Photo: capture d'écran.

Pas pour tout le monde

J’ai beau avoir suivi le phénomène de près, je n’ai pas sauté à pieds joints dans la tendance. La location d’appartements par l’entremise d’agences ou du bon vieux bouche-à-oreille m’est longtemps apparue plus simple que le fastidieux exercice de recherche sur Airbnb.

L’ingrédient magique de ces séjours de rêve déclinés en mille et un clichés sur Instagram, qui voit le jour trois ans après Airbnb? Le temps. Les premières années, il faut ratisser le site longtemps pour trouver chaussure à son pied, contacter l’hôte, attendre… Et répéter les étapes jusqu’à ce que tout concorde.

Avant 2016, je ne m’étais jamais rendue jusqu’à celle de la transaction, ma patience s’étiolant bien avant. Ma première expérience s’avère positive, mais pas au point de me faire adopter la plateforme sur une base régulière. J’attendrai deux autres années avant de récidiver, me rabattant sur Airbnb quand toutes les autres options affichent complet, à Édimbourg. Un bon plan B, mais les prix de plus en plus similaires à ceux des hôtels – du moins, pour deux ou trois personnes – ne me convertissent pas pour de bon.

On en trouve de tous les goûts à Édimbourg sur Airbnb. Photo: airbnb.fr

 

De nombreux changements

Oui, la plateforme a beaucoup évolué au fil des ans. Certains propriétaires ont carrément fait de la location d’appartements – en entier ou en partie – sur Airbnb leur gagne-pain, garantissant une redoutable efficacité pour les voyageurs. Le nombre de logements disponibles et le raffinement de l’outil de recherche permettent aujourd’hui d’avoir une infinité de possibilités au bout des doigts.

Le site continue de plaire particulièrement aux familles, qui voient leur budget exploser quand la location de deux chambres d’hôtel ou plus est nécessaire, aux voyageurs à petit budget ou qui souhaitent rencontrer des locaux, et aux amateurs d’hébergements insolites. Les adeptes de cette dernière catégorie, comme la blogueuse Annie Anywhere, qui a notamment dormi dans un autobus scolaire réaménagé et une maisonnette construite dans un ancien container, choisissent parfois carrément leur destination en fonction des lieux originaux qu’ils dénichent. Pas de doute: pour eux, passer le site au peigne fin tient plus du plaisir que de la corvée.

L’ajout des expériences, soit des visites thématiques offertes par des locaux, démontre par ailleurs la volonté de la plateforme d’étendre ses activités. Reste à voir si l’offre se distinguera vraiment de ce qui est déjà disponible sur le marché.

Dormir dans un autobus transformé en logement est chose possible avec Airbnb. Photo: airbnb.fr
Dormir dans un autobus transformé en logement est chose possible avec Airbnb. Photo: airbnb.fr

Le succès… et la grogne

Le mégasuccès d’Airbnb a bien sûr entraîné des dérapages, à commencer par les propriétaires qui poussent la note beaucoup plus loin que la proposition initiale de rendre leur logement disponible pendant quelques jours – voire quelques semaines – par an. Des investisseurs achètent carrément des dizaines d’appartements afin de les louer par l’entremise du site. Résultat: les prix augmentent et l’accès à la propriété devient beaucoup plus difficile.

De plus en plus de villes sévissent pour faire respecter les lois et éviter les abus. À Montréal, dans l’arrondissement Ville-Marie, seule une portion des appartements de la rue Sainte-Catherine peuvent désormais obtenir une attestation pour devenir des hébergements touristiques. Les revenus doivent, de plus, être déclarés. Cela n’empêche pas certains acteurs de l’industrie hôtelière de dénoncer ce qu’ils considèrent être de la concurrence déloyale, comme l’a souligné Radio-Canada.

À New York, le site est contraint de dévoiler la liste de ses hôtes, afin de permettre à la ville d’appliquer la loi interdisant de louer un appartement pour moins de trente jours, rapporte Le Monde.

Responsable du surtourisme?

Airbnb est montrée du doigt dès que le problème du surtourisme est évoqué, tout comme Instagram, d’ailleurs. Démocratiser le voyage est une chose; voir tout le monde débarquer aux mêmes endroits en est une autre…

À Barcelone, certains quartiers comme le Barri Gothic se sont carrément vidés de leurs résidents pour se remplir de touristes. Les résidents qui ont dû quitter leurs logements n’ont plus les moyens de rester dans le quartier, la gentrification ayant fait grimper les prix de manière exponentielle.

Et maintenant?

Difficile d’imaginer, au moment de rédiger ces lignes, le monde du tourisme sans Airbnb. On sent toutefois que les discussions risquent de rester corsées pendant encore un bon moment. En réaction au succès monstre de la plateforme, plusieurs grandes villes européennes, dont Berlin, Paris et Amsterdam, organisent une riposte dans le but d’éviter la flambée du prix des loyers et la raréfaction de l’offre de logements, indique La Presse. De son côté, Airbnb semble déterminée à garder sa place au soleil. Avec 14 millions d’utilisateurs, les appuis sont nombreux.

La plateforme communautaire essuie tout de même les critiques d’utilisateurs de la première heure, qui ne retrouvent plus l’esprit de partage d’antan. L’économie collaborative, une utopie? Nombreux sont ceux, en tout cas, à en constater les limites. L’aspect lucratif semble prendre le pas sur les idéaux des créateurs d’Airbnb, qui ont jeté les bases de leur projet après avoir eu l’idée de proposer un lit gonflable dans leur appart à des participants d’une conférence.

Le 7 août dernier, BFMTV a créé une carte fort utile qui permet de découvrir la situation actuelle dans différentes villes en un coup d’œil. Le Téléjournal de Radio-Canada s’est livré à un exercice similaire dans le bulletin du 8 août dernier (avec votre humble chroniqueuse comme invitée). Si vous prévoyez louer un appartement sur le site au cours des prochaines semaines, prenez cependant le temps de consulter l’actualité, car les rebondissements sont fréquents!

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