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17 novembre 2017Auteure : Françoise Genest

Le livre du week-end

Dans ma voiturette d’enfant Carnet de Jacques Boulerice

Dans ma voiturette d’enfant, Carnet… Le titre m’a intriguée… Carnet… Le mot évoque quelque chose d’un peu suranné, comme la « voiturette d’enfant » d’ailleurs. Mais j’aime les vieilles photos et c’est exactement ce que j’ai trouvé. Entendons-nous bien, le livre de Jacques Boulerice n’est pas illustré et ce n’est pas non plus un livre d’Histoire, mais chaque récit est le polaroid d’un souvenir, d’une impression ou d'une parcelle de vie.

Ces "chroniques des jours heureux" sont donc des souvenirs d’enfance, d’adolescence ou d’adulte, des tranches de vie, des portraits d’humains et d’humanité qui s’accumulent dans la voiturette d’enfant du narrateur. Il y prit place, nous raconte-t-il, au début de l’été 1953. Genou au plancher, il quitte alors la cour de la maison... « Je ne vais plus jamais m’arrêter ». La vie est en marche et le narrateur nous en raconte des fragments, ceux de sa vie, ceux des gens croisés dans le quartier, au collège où il enseigne et un peu partout dans les détours que prennent parfois les années.

Le ton est un peu vieillot, on reconnait souvent le poète, on sent parfois une précision un peu didactique, mais on n’est jamais loin du présent. C’est tout l’intérêt du livre : les souvenirs du narrateur  s’accrochent à l’actualité, à sa vie d’homme aux temps présents et y prennent d’autres sens ou trouvent un écho. Au total, 58 récits réunis en neuf chapitres Le ton et le rythme rappellent la douceur d’une soirée d’été, même si le regard de l’auteur se fait parfois incisif et toujours lucide.

C’est le genre de livre que j’offrirais pour faire du bien à un ami. Mais je pourrais tout aussi bien l’offrir à un amoureux des mots et de la poésie, car chez Jacques Boulerice la poésie n’est jamais loin. Mon récit préféré?  Il y en a plusieurs, mais j'ai particulièrement aimé Une chaise rouge, une chaise verte, (Chapitre Au bonheur des mots) où Gertrude l’inadaptée sociale, lance son cri dans un poème . Autre coup de coeur: Quelques arbres et une pomme (Chapitre Au jardin de mon père).

Au bout de quelques années, les arbres fruitiers que nous avions transplantés ont commencé à donner. Chaque essence venait par couple. Deux pommiers, deux poiriers, deux pruniers, deux cerisiers, de sureaux, deux retraités… Il y poussait aussi un caryer à noix douce, un solitaire installé là bien avant nous. À chaque année,  mon père rappelait l’importance de ne pas prendre tous les fruits et de laisser aux arbres un peu de leur production. Pour les remercier et aussi pour se recueillir en douce après les avoir cueillis.

Je raconte cette histoire de deux sous pour une simple raison. C’est ma façon de la déposer comme un don dérisoire sur l’un des plateaux de la balance du poids des jours : celui du respect de la vie jusque dans la sève. Au soir de l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, à Paris, je n’en peux plus des haineux qui jettent leurs fruits pourris dans l’autre plateau. Je pense à mon père, à son amour et à un sorbier.

Elle n’est pas à deux sous votre histoire, Jacques Boulerice.

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Poète, chroniqueur et romancier, Jacques Boulerice est l'auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages. Récipiendaire en 1986 du Prix Québec-Paris  pour son recueil Apparence. Son ouvrage Alice, au pays de l'Alzheimer (Fides 2008) a connu un succès de librairie. Depuis 2013, il est également chroniqueur au Canada Français.

 

Dans ma voiturette d’enfant, Carnet de Jacques Boulerice, Éditions Fides, septembre 2017, 280 pages 22.95 $

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