alt="lheure-mauve"
3 novembre 2017Auteure : Françoise Genest

Le livre du week-end

L’Heure mauve de Michèle Ouimet

Elle a commis une grave erreur en abandonnant sa belle maison et en emménageant au Bel Âge, une erreur qu’elle rumine tous les jours. Ellle n’avait que soixante-douze ans, elle était trop jeune pour s’enfermer dans une vie de vieux, mais elle a eu le cancer de la langue. Dieu l’a-t-il punie d’avoir trop chialé?

Dans sa maladie, elle a découvert avec effroi sa solitude et sa fragilité. Sa solitude, surtout. Pas de mari, pas d’enfants, que des amants qu’elle a perdus de vue, un frère trop vieux pour s’occuper d’elle et une sœur toxicomane à qui elle ne parle plus depuis des années.

Dès les premières pages, de L’Heure mauve, on sait que l’auteure, Michèle Ouimet,  ne nous fera pas de cadeau, pas de version « sucrée » du vieillissement, de la maladie et des résidences pour « person.. » Non…Michèle Ouimet n’écrit par « personnes âgées », elle parle avec un réalisme cru, mais profondément humain, des vieux et de leurs conditions. Même lorsqu’il s’agit des « atteints », ces vieux très malades, ceux « dont l’esprit sombre irrémédiablement » ceux qui « bavent et se font dessus ». Ceux que certains locataires de la résidence huppée d’Outremont, Bel Âge, veulent mettre à l’écart pour ne pas « gâcher leur paysage ». Mais ça, c’était sans connaître Jacqueline Laflamme, l’héroïne du roman. Ancienne journaliste internationale, Jacqueline se lance dans une guerre pour les droits des atteints. Une guerre qu’elle entend gagner…  mais les ennemis ne sont pas toujours visibles.

Si les passages où la triste réalité des résidences m’ont fait frémir, ce sont encore les passages où elle raconte des tranches de la vie d’avant des résidents qui m’ont le plus bouleversée. Comme on est vivant quand on n’est pas « vieux », avant l’Heure mauve…

Michèle Ouimet signe ici un roman actuel qui nous renvoie à notre condition humaine, sans compromis avec la réalité.

À propos de Michèle Ouimet

Michèle Ouimet est journaliste à La Presse depuis 1989. Elle a couvert des guerres des zones dangereuses, des désastres naturels de l’Algérie à la Syrie en passant par le Rwanda, l’Afghanistan, Haïti, l’Iran, le Pakistan, l’Égypte et le Japon. Lauréate du Prix de la chronique au Concours de canadien de journalisme, elle a remporté, avec Agnes Gruda, le Prix international pour leur couverture sur les salafistes. Son premier roman, paru aussi chez Boréal, La promesse, en 2014 avait été bien accueilli par la critique. Soulignons que Mme Ouimet fut une des six invités du Salon avant le Salon avenues.ca 2017 qui s’est tenu à la Librairie Monet le 24 octobre.

alt="lheure-mauve"

L’Heure mauve, Michèle Ouimet, Éditions du Boréal, Octobre 2017, 366 pages, 27,95$

Inscrivez-vous à l’infolettre