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22 juin 2018Auteure : Françoise Genest

Livres de la semaine

L’école des vertiges de Tristan Malavoy

Je ne connais pas beaucoup le travail de Tristan Malavoy, que je connais davantage de réputation, et franchement je ne savais pas trop que penser de ce livre-disque «en forme de carnet de bord», comme disait le communiqué. Jusqu’à ce que je comprenne que L’école des vertiges est en fait quasiment un recueil de poésie, et vous connaissez mon penchant pour les poètes, alors… j’ai mis le CD et ouvert le livre. Surprise: des chansons, certes, mais qui tiennent plutôt de la poésie déclamée sur mélodie, avec en prime des textes superbement écrits.

Je vous le propose dans cette série Livres d’été, car pour apprécier ce genre de textes et la poésie, la langueur et la lenteur des beaux jours sont tout indiquées. Les chansons sont tout en douceur comme un coucher de soleil. Si vous ne pratiquez pas beaucoup la poésie, dites-vous que ce sont des textes de chansons que vous pourrez en prime écouter. Coups de cœur pour Baïkal-amour, La machine à aimer et Ma petite fenêtre, et peut-être aussi pour Elle cueillait des cosmos.

Elle cueillait des cosmos
En écoutant Kosma
Pendant que moi
Je tombais au combat
Au combat de l'amour
Qu'elle ne me donnait pas
Elle cueillait des cosmos
Je restais planté là

                                                                     - Elle cueillait des cosmos

Entre les textes de ses chansons-poèmes, Tristan Malavoy se livre, dévoile le chemin de ses inspirations, de ces instants où les mots viennent. On a un peu l’impression de regarder l’auteur composer, comme un accès un peu indiscret à l’arrière-scène.

En fait, c’est un regard sur le carnet de voyage ou de route, genre de journal intime de l’auteur qui traverse des villes et des pays, mais aussi la vie et ses détours, de ses quêtes et de ses chagrins.

               (…) on me permettra le clin d’œil à son Albatros, dont la dernière strophe est à la fois l’une des plus terribles et des plus fortes des «Fleurs du mal»:

                               Le Poète est semblable au prince des nuées
                             Qui hante la tempête et se rit de l’archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

 Si le poème est dédié non pas aux amoureux tombés, mais aux poètes soumis aux aléas de la vie terrestre et à l’incompréhension de leurs contemporains, j’aime bien ce parallèle entre les deux, celui ou celle qui doit refermer le livre de ses passions ayant quelque chose de ces maîtres des hauteurs dont les larges ailes, après qu’ils sont tombés sur le pont, deviennent un triste encombrement.

 Quelle entrée en matière pour cette chanson poème dans laquelle Tristan Malavoy demande :

                             La machine à aimer
                              On répare ça comment?
-La machine à aimer
                                                               

 Peu de chances, je crois, que vous entendiez les chansons de cet album à la radio commerciale. Mais pour la beauté des textes, l’album vaut le détour. Musicalement, je ne m’y connais pas assez pour en faire une critique. Je mettrais un bémol sur la diction et sur quelques mélodies plus tortueuses, mais l’ensemble s’écoute tout en douceur.

Et j’ai bien aimé cette idée de l’auteur qu’il faut plus qu’une simple pochette, un concept aujourd’hui dépassé selon lui, n’en déplaise aux puristes. Il faut un livret, des textes qui expliquent et qui parlent de leur création. Un petit bémol sur le choix graphique de l’éditeur, le choix des très gros caractères pour les débuts de texte m’a plus dérangée qu’accrochée. Pour le reste… c’est tout à fait indiqué pour vos matinées ou fins de journée de vacances…

 

Tristan Malavoy a fait paraître des poèmes, des disques mêlant la chanson et le spoken word et Feux de position, un recueil de chroniques (Somme toute, 2017). Il est aussi l'auteur du roman Le Nid de pierres (Boréal, 2015).

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L’école des vertiges, Tristan Malavoy, Éditions Hexagone et Audiogram, avril 2018, 64 pages et 1 CD, 29,95$

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