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29 juin 2018Auteure : Françoise Genest

Livres de la semaine

La thérapie de la valise de Marta Perego

Ceux qui me fréquentent beaucoup savent que je ne voyage pas léger. Je peux facilement remplir une voiture jusqu’au plafonnier pour un seul week-end, et deux semaines dans un tout inclus, c’est minimum deux valises de 23 kilos, sans parler du bagage à main et de la sacoche… Je devais être une tortue dans une ancienne vie, me promenant avec ma maison au complet sur le dos. Et je ne me dompte pas. Chaque fois, je me promets de ne pas refaire l’erreur, mais rien n’y fait; je dirais même que j’empire. Quand je regarde mes amies, qui ont une petite valise et un mini bagage à main, je ne peux réprimer mon envie de ce sens pratique qui, de toute évidence, m’échappe…! Et pourtant, j’ai voyagé…! J’ai même vécu à l’étranger… Et bien qu’il me soit souvent souvent arrivé de m’en tenir à l’essentiel… ma nature profonde est plutôt du genre deux ou trois valises.

Vous imaginez donc un peu ma curiosité quand j’ai reçu des éditions Michel Lafon ce livre plutôt original, signé par une journaliste italienne, Marta Perego, dont le titre est  La thérapie de la valise, et le sous-titre Montre-moi ta valise, je te dirai qui tu es… Il n’en fallait pas plus pour que j’éclate de rire et que je dévore les 152 premières pages de l’ouvrage, que j’ai terminé de lire depuis. J’allais enfin comprendre ma nature de tortue!

Mais tout de même, 317 pages sur les valises? Vraiment? Mais qu’y a-t-il tant à dire sur le sujet? Voilà un peu le tour de force accompli par Marta Perego. Oui, le livre est truffé d’idées pratiques et de recommandations sur les dimensions, le matériau, la couleur, le style des valises, des sacs de voyage, des bagages de cabine, avec ou sans roulettes, rigides ou souples, et sur la façon de les remplir. Mais c’est bien plus que ça.

Car au-delà de leur aspect pratique, les valises, selon l’auteure, sont le miroir de ce que nous sommes au moment où nous les faisons. Elles varient d’ailleurs d’aspect et de poids selon les périodes de notre vie et nos humeurs. Elles peuvent être chaotiques, trop spartiates, ou terriblement lourdes et encombrantes. Que voulez-vous que votre valise reflète; quelle est la différence entre la valise que vous faites et celle que vous souhaiteriez faire? nous demande l’auteure, qui nous invite à faire une liste qui pourrait se révéler étonnante.

Mais cette pseudo-analyse psychanalytique du bagage n’est pas à mon sens l’angle le plus réussi de l’ouvrage, bien que quelques pistes de réflexion intéressantes s’en dégagent. En fait, Marta Perego aborde dans son livre tous les aspects de la valise, des bagages et des voyages dont elles sont les témoins. Entre les nombreuses références cinématographiques, les passages sur l’histoire des valises, les considérations émotives et pratiques, c’est tout le rapport au partir, à la découverte de l’ailleurs et de soi, aux objets, à la peur de l’inconnu ou à la confiance du voyageur aguerri qui sont abordés, qu’il s’agisse d’un voyage d’affaires ou d’une longue expédition.

L’ouvrage est très européen dans ses références commerciales et affiche un certain sexisme très méditerranéen, mais rien de lourd. Bien sûr, le titre du texte La femme n’est pas l’égale de l’homme vous fera sourciller, mais force est de constater que devant la valise, nous sommes totalement différentes des hommes. Et je me souviens parfaitement d’avoir eu la même admiration que l’auteure devant l’efficacité de Georges Clooney faisant sa valise dans Up in the Air, et le même hochement de tête quand sa collègue, à genou, valise ouverte, élaguait le trop-plein! Qu’il s’agisse du contenu, du rangement ou du transport des valises, nous sommes résolument aussi différents que Mars et Vénus. Le livre s’adresse davantage aux femmes, mais ces messieurs comprendraient beaucoup de choses en le lisant.
Moments forts du livre: de très beaux textes sur de grands voyageurs qui l’ont inspirée. Celui sur sa grand-mère Bruna qui, à la mi-cinquantaine, a entrepris de voir le monde, de l’Afrique à la Grande Muraille de Chine en passant par le Canada. Et cet autre sur son ami Luigi le romancier et cartographe, qui a visité 65 pays et fait plus de 100 voyages.

Toutefois, je me dis en revoyant les yeux pétillants de Luigi qui me parle de ses voyages, que l’important est de ne pas avoir peur. De poursuivre ce qui nous procure une réelle satisfaction. De courir après la profession qui nous attire, la personne avec laquelle nous souhaitons être, la femme que nous désirons devenir.
Et s’il nous arrive de nous rendre compte que nos valises ne font pas l’affaire – qu’elles ne nous plaisent plus, qu’elles nous ennuient, nous attristent, nous déçoivent, absorbent notre énergie –, nous ne devons pas avoir peur de les vider. De jeter leur contenu et de les remplir à nouveau.
Et de marquer un nouveau point sur la carte.
Il y a aussi celui sur son amie blogueuse, ou celui sur le bagage des «hôtesses de l’air» – je vous l’ai dit, il y a quelques décalages culturels, mais rien qui ne vous empêchera d’apprécier l’ouvrage, qui vous entraînera malgré vous vers une introspection plutôt amusante sur votre rapport au bagage, au voyage, celui dont on revient, comme celui de la vie. À ce titre, les réflexions de l’auteure dans le texte sur l’actrice Isabella Ragonese, qui, «comme tous les acteurs, fait un métier à valise», sont très bien ficelés.

Lecture d’été, incontestablement, sans compter que vous y trouverez au fil des pages des astuces vraiment utiles. Fort à parier que vous ne pourrez pas faire votre prochaine valise sans repenser à ce drôle de livre. Entre temps, vous adopterez peut-être cette attitude dont nous parle Marta Perego, la sérendipité, un terme du 18e siècle qui signifie «rencontrer des imprévus en chemin et les accueillir avec toute leur charge positive».

Marta Perego est une journaliste italienne spécialisée dans les rubriques culturelles, littéraires, artistiques et cinématographiques. Elle a commencé sa carrière dans le très réputé magazine Class Life, avant de devenir animatrice télé et de lancer Adesso Cinema, une émission regroupant des interviews, des critiques et des reportages.

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La thérapie de la valise, Marta Perego, éditions Michel Lafon, juin 2018, 317 pages, 24,95$

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