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2 février 2018Auteure : Françoise Genest

Livres de la semaine

Idola Saint-Jean, l’insoumise de Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean

Parue à l’automne dernier, alors que pour la première fois une femme était élue mairesse de Montréal, et que #moiaussi faisait la manchette, l’excellente biographie Idola Saint-Jean, l’insoumise, que signent Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, tombait à point! Un devoir de mémoire envers cette femme dont on connaît parfois le nom, mais guère l’histoire, et qui a lutté, tout au long de sa vie, pour les femmes du Québec. Car il faut bien le dire l’Histoire et ceux qui la racontent ont pendant bien longtemps négligé, parfois ignoré, l’apport des femmes à la société.

Si vous pensez que la déferlante du #moiaussi a bouleversé la sphère sociale, imaginez ce qu’il en était de l’époque des suffragettes! De ces femmes qui, pendant parfois des décennies, ont fait la manchette pancarte au poing, réclamant le droit de vote pour les femmes. Pendant plus de 30 ans, Idola Saint-Jean se battra aux côtés d’autres femmes pour que les femmes obtiennent, notamment, le droit de vote. Après la victoire à Ottawa en 1918, elle vivra la cuisante défaite à Québec en 1922.

Mais elle ne baisse pas les bras et continue la lutte. Il faudra près de vingt ans de rebuffades, de tentatives échouées, de luttes quotidiennes auprès de toutes les instances pour que, finalement, en 1940 (à l’exception des femmes autochtones qui ne l’obtiendront qu’en 1969), les femmes du Québec obtiennent enfin leur droit de vote! Idola Saint-Jean a la victoire calme et humble, racontent ses biographes, elle sait que d’autres luttes restent à mener pour que les femmes cessent d’être subordonnées aux hommes au travail, comme dans la vie privée. En 1944, les Québécoises votent pour la première fois. Idola Saint-Jean dépose son bulletin avec émotion. Elle ne profitera pas longtemps de cette victoire, puisqu’elle s’éteint le 9 avril 1945.

Mais on ne peut pas résumer la vie et l’apport d’Idola Saint-Jean à la seule lutte pour le droit de vote. Publiée chez Boréal, la biographie, très bien écrite, raconte toutes les luttes de cette femme indépendante, autonome, qui a bravé les tabous et les interdits. Elle est de toutes les causes féministes et utilise toutes les tribunes pour faire évoluer les mentalités, promouvoir le féminisme et défendre le droit des femmes à l’égalité et à la liberté.

«Ni religieuse ni mariée, elle est une femme autonome qui se construit une carrière professionnelle hors des sentiers battus et assure seule sa subsistance. Comédienne, gardienne de la langue française, journaliste, militante, gestionnaire avertie de ses biens, Idola est une self-woman made. Par ses écrits et ses interventions radiophoniques, c’est la féministe la plus connue et la plus redoutée de son époque. Mais surtout, c’est une femme insoumise.»

Imaginez si elle avait eu les réseaux sociaux à sa portée! J’aurais certes été la première fan de sa page Facebook et j’aurais suivi, avec passion, un blogue qu’elle aurait signé et qui n’aurait pas manqué d’être provocateur et revendicateur. Qu’aurait-elle pensé du #moiaussi… ? Elle aurait sans doute été ravie de voir tout le chemin parcouru, et déterminée à franchir celui qu’il reste à parcourir.

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Idola Saint-Jean, l’insoumise, Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Éditions du Boréal, Octobre 2017, 384 pages – 32,95 $